En 1972, une adolescente de 16 ans se retrouve devant la justice française. Son crime ? Avoir avorté après avoir été violée. Sa mère et trois autres femmes sont également poursuivies pour l’avoir aidée. À cette époque, l’avortement est encore interdit en France et les femmes qui y ont recours risquent des poursuites pénales.
Plus de cinquante ans après les faits, le film L’Affaire Marie-Claire, réalisé par Lauriane Escaffre et Yvo Muller, revient sur ce procès qui a contribué à faire évoluer la législation française. Avec Charlotte Gainsbourg dans le rôle de l’avocate Gisèle Halimi et Cécile de France dans celui de Michèle Chevalier, la mère de l’adolescente, il retrace un combat judiciaire devenu historique.
Mais L’Affaire Marie-Claire raconte-t-il une histoire vraie ? Qui était réellement Marie-Claire Chevalier ? Pourquoi son procès a-t-il marqué l’histoire française et qu’est-il arrivé aux femmes qui ont été jugées à Bobigny ?
L’Affaire Marie-Claire est-il inspiré d’une histoire vraie ?
Oui, le film L’Affaire Marie-Claire est directement inspiré d’une affaire judiciaire authentique : le procès de Bobigny, en 1972.
Contrairement à certaines œuvres qui s’inspirent librement de faits divers, le long métrage de Lauriane Escaffre et Yvo Muller s’appuie sur des événements historiques et des personnes ayant réellement existé.
Au centre de cette histoire se trouvent Marie-Claire Chevalier, une adolescente poursuivie pour avoir interrompu sa grossesse, sa mère Michèle et l’avocate Gisèle Halimi.
Le film, sorti au cinéma le 4 novembre 2026, reconstitue notamment les débats judiciaires qui ont contribué à faire du procès de Bobigny un événement majeur dans l’histoire du droit à l’avortement en France.
Pour préparer leur scénario, les réalisateurs ont consulté les archives du procès, dont la retranscription des audiences. Ils ont également échangé avec des proches des protagonistes, notamment le fils de Gisèle Halimi et la fille de Marie-Claire Chevalier.
Cela ne signifie pas que chaque scène ou chaque dialogue reproduit exactement les événements de 1972. Il s’agit bien d’un film de fiction historique, mais son intrigue repose sur une affaire réelle particulièrement documentée.
Qui était Marie-Claire Chevalier, l’adolescente au cœur du procès de Bobigny ?
En 1971, Marie-Claire Chevalier a 16 ans. Elle vit avec sa mère, Michèle Chevalier, une employée de la RATP qui élève seule ses enfants.
La famille appartient à un milieu modeste. Michèle travaille pour subvenir aux besoins du foyer et ne dispose pas des moyens financiers dont bénéficient certaines femmes pour interrompre une grossesse à l’étranger.
Cette année-là, Marie-Claire est violée par un garçon de son entourage. Elle tombe enceinte à la suite de cette agression.
Pour l’adolescente, la situation est dramatique. Elle ne souhaite pas poursuivre cette grossesse, mais la loi française interdit alors l’avortement, sauf dans de très rares situations médicales.
Sa mère décide de l’aider.
Avec le soutien de plusieurs femmes de son entourage, Michèle Chevalier organise un avortement clandestin pour sa fille.
L’intervention a lieu en dehors de tout cadre légal.
Mais quelques mois plus tard, l’affaire arrive jusqu’à la police.
Comment Marie-Claire Chevalier a-t-elle été dénoncée ?
L’un des aspects les plus révoltants de cette histoire est l’origine des poursuites.
Marie-Claire est dénoncée par le garçon qui l’a violée.
Le jeune homme, impliqué dans une autre affaire judiciaire, révèle aux policiers que l’adolescente a avorté.
Cette dénonciation déclenche une procédure pénale.
Marie-Claire est poursuivie pour avoir eu recours à un avortement illégal. Sa mère et trois autres femmes sont également mises en cause pour leur participation à l’interruption de grossesse.
À cette époque, les dispositions de l’article 317 du Code pénal permettent de poursuivre les personnes impliquées dans un avortement clandestin.
Pour Michèle Chevalier, la situation est particulièrement difficile. Elle a voulu protéger sa fille après un viol et se retrouve désormais menacée d’une condamnation pénale.
C’est alors qu’elle décide de solliciter une avocate dont elle connaît les engagements : Gisèle Halimi.
Gisèle Halimi : l’avocate qui a décidé de faire le procès de la loi
Lorsque Michèle Chevalier contacte Gisèle Halimi, celle-ci est déjà connue pour ses combats judiciaires et ses engagements en faveur des droits des femmes.
Née en Tunisie en 1927, Gisèle Halimi s’est notamment illustrée dans la défense de Djamila Boupacha, une militante algérienne torturée et violée par des militaires français pendant la guerre d’Algérie.
Avec Simone de Beauvoir, elle a publié un ouvrage consacré à cette affaire.
Michèle Chevalier découvre son parcours et comprend qu’elle pourrait être l’avocate dont sa fille a besoin.
Gisèle Halimi accepte de défendre Marie-Claire et les autres femmes poursuivies.
Mais elle ne souhaite pas se limiter à obtenir une peine légère ou à plaider les circonstances atténuantes.
Son objectif est beaucoup plus ambitieux : transformer ce procès individuel en une remise en cause publique de la législation sur l’avortement.
L’avocate considère que la loi pénalise particulièrement les femmes les plus pauvres.
Celles qui en ont les moyens peuvent se rendre à l’étranger pour interrompre leur grossesse dans des conditions médicales plus sûres. Les autres sont contraintes de recourir à la clandestinité, parfois au péril de leur santé.
Le procès de Marie-Claire Chevalier devient alors l’occasion de dénoncer cette inégalité.
Le rôle de Simone de Beauvoir et du mouvement Choisir
Gisèle Halimi n’agit pas seule.
En 1971, elle a participé, aux côtés de Simone de Beauvoir, à la création de l’association Choisir, engagée notamment dans la défense des femmes poursuivies pour avortement.
La même année, le Manifeste des 343, publié dans Le Nouvel Observateur, a provoqué un immense retentissement.
Dans ce texte, 343 femmes déclarent publiquement avoir avorté, alors même que la pratique est illégale.
Parmi les signataires figurent des personnalités connues, mais aussi des femmes moins médiatisées.
Ce mouvement contribue à faire de l’avortement une question politique et sociale incontournable.
Lorsque le procès de Bobigny s’ouvre en 1972, le débat dépasse donc déjà largement le cas de Marie-Claire Chevalier.
Le véritable procès de Bobigny : que s’est-il passé en 1972 ?
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’y a pas eu un seul procès de Bobigny, mais deux audiences distinctes, organisées à quelques semaines d’intervalle.
Cette distinction est essentielle pour comprendre les décisions rendues par la justice.
11 octobre 1972 : Marie-Claire Chevalier est relaxée
Parce qu’elle est mineure, Marie-Claire Chevalier est jugée séparément des quatre femmes majeures.
Son audience se déroule le 11 octobre 1972 devant le tribunal pour enfants de Bobigny, à huis clos.
À l’extérieur, les militantes du Mouvement de libération des femmes et de l’association Choisir se mobilisent.
Elles dénoncent une législation qui expose les femmes modestes à des poursuites alors que les plus favorisées peuvent se rendre à l’étranger.
Le tribunal décide finalement de relaxer Marie-Claire Chevalier.
Les juges tiennent compte des contraintes morales, sociales et familiales auxquelles l’adolescente a été confrontée.
Cette décision représente une victoire importante pour la jeune fille et son avocate.
Mais les poursuites contre sa mère et les trois autres femmes ne sont pas terminées.
8 novembre 1972 : le procès des quatre femmes majeures
Le second procès s’ouvre le 8 novembre 1972 devant le tribunal correctionnel de Bobigny.
Cette fois, l’audience est publique.
Michèle Chevalier comparaît avec deux collègues qui l’ont aidée ainsi qu’une quatrième femme poursuivie pour avoir pratiqué l’avortement.
Gisèle Halimi transforme l’audience en tribune.
Des personnalités viennent témoigner, les arguments médicaux et sociaux sont discutés et l’avocate demande aux magistrats de mesurer les conséquences de la loi qu’ils sont chargés d’appliquer.
L’enjeu dépasse désormais la responsabilité pénale des prévenues.
Il s’agit de montrer qu’une législation censée interdire l’avortement ne le fait pas disparaître, mais pousse certaines femmes à prendre des risques dans la clandestinité.
Quel a été le verdict du procès de Bobigny ?
Le tribunal prononce des décisions différentes selon les prévenues :
- Marie-Claire Chevalier avait déjà été relaxée le 11 octobre 1972.
- Michèle Chevalier, sa mère, est condamnée à 500 francs d’amende avec sursis.
- Les deux collègues ayant aidé Michèle Chevalier sont relaxées.
- La femme ayant pratiqué l’avortement est condamnée à un an de prison avec sursis.
Il est donc inexact d’affirmer que toutes les accusées ont été acquittées ou relaxées.
Les condamnations prononcées sont néanmoins assorties du sursis.
Le ministère public fait appel du jugement, mais cet appel ne sera jamais examiné avant l’expiration du délai de prescription.
Le procès de Bobigny entre ainsi dans l’histoire comme un moment décisif du combat pour la légalisation de l’avortement.
Le procès de Bobigny a-t-il permis la légalisation de l’avortement ?
Le procès de Bobigny n’a pas, à lui seul, légalisé l’avortement en France.
Mais il a joué un rôle important dans l’évolution du débat public.
En donnant une visibilité nationale à l’histoire de Marie-Claire Chevalier, Gisèle Halimi a montré les conséquences concrètes de la législation sur la vie des femmes.
L’affaire a également mis en évidence les inégalités sociales face à l’avortement clandestin.
Deux ans plus tard, Simone Veil, alors ministre de la Santé, défend devant l’Assemblée nationale un projet de loi autorisant l’interruption volontaire de grossesse dans un cadre légal.
La loi du 17 janvier 1975, connue sous le nom de loi Veil, permet une dépénalisation encadrée de l’avortement, initialement à titre expérimental.
Elle marque une étape majeure dans l’histoire des droits des femmes en France.
Il serait toutefois réducteur de présenter cette réforme comme la conséquence d’un seul procès.
Elle résulte d’années de mobilisations, d’évolutions sociales et de débats politiques auxquels le procès de Bobigny a fortement contribué.
Quelles différences entre le film L’Affaire Marie-Claire et la réalité ?
Le film de Lauriane Escaffre et Yvo Muller s’appuie sur une documentation historique importante.
Les réalisateurs ont notamment travaillé à partir des retranscriptions judiciaires et rencontré des proches des protagonistes.
La production a également pu tourner dans l’ancienne salle d’audience où s’était déroulé le procès, conservée malgré la disparition du tribunal d’origine.
Certaines adaptations ont toutefois été nécessaires pour les besoins du cinéma.
| Dans le film | Dans la réalité |
|---|---|
| Marie-Claire Chevalier est poursuivie pour avoir avorté à 16 ans. | C’est le véritable point de départ de l’affaire judiciaire. |
| Gisèle Halimi défend les femmes poursuivies. | L’avocate a effectivement organisé leur défense et contesté la législation. |
| Le procès est présenté comme un événement historique. | Les audiences d’octobre et novembre 1972 ont marqué le débat sur l’avortement. |
| Les personnages sont incarnés par des comédiens. | Marie-Claire, Michèle Chevalier et Gisèle Halimi ont réellement existé. |
| Certains lieux sont reconstitués pour le cinéma. | Les réalisateurs ont notamment adapté le décor du domicile de Gisèle Halimi. |
La production s’est donc attachée à respecter le contexte historique tout en construisant une œuvre dramatique.
En revanche, sans comparaison scène par scène avec les archives, il serait impossible d’affirmer que tous les échanges représentés dans le film ont réellement eu lieu tels qu’ils apparaissent à l’écran.
Qui joue Gisèle Halimi et Michèle Chevalier dans le film ?
Dans L’Affaire Marie-Claire, Charlotte Gainsbourg incarne Gisèle Halimi, l’avocate qui a fait du procès de Bobigny un combat contre la législation sur l’avortement.
Cécile de France interprète Michèle Chevalier, la mère de Marie-Claire, dont la décision d’aider sa fille a déclenché les poursuites judiciaires.
Le film réunit également Grégory Gadebois dans le rôle de Claude Faux, ainsi que Florence Loiret-Caille, Sarah Suco et Saül Benchetrit.
Réalisé par Lauriane Escaffre et Yvo Muller, le long métrage dure 1 h 42 et a été présenté en séance spéciale au Festival de Cannes 2026, avant sa sortie dans les salles françaises le 4 novembre.
Qu’est devenue Marie-Claire Chevalier après le procès ?
Après sa relaxe, Marie-Claire Chevalier a pu poursuivre sa vie loin des audiences judiciaires.
Son histoire est toutefois restée associée au combat pour le droit à l’avortement.
Le procès de Bobigny est régulièrement évoqué dans les ouvrages historiques, les documentaires et les commémorations consacrés aux droits des femmes.
La préparation du film de 2026 a également permis aux réalisateurs d’échanger avec Jennifer, la fille de Marie-Claire Chevalier, afin de mieux comprendre l’histoire familiale.
Il faut cependant distinguer ce qui relève de la documentation historique et ce qui appartient à sa vie privée.
Les sources publiques consultées ne permettent pas de retracer précisément toute sa vie après le procès. Il serait donc hasardeux de lui attribuer un parcours personnel détaillé sans témoignage vérifiable.
Quant à Gisèle Halimi, elle a poursuivi sa carrière d’avocate et son engagement pour les droits des femmes pendant plusieurs décennies. Elle est décédée le 28 juillet 2020, à l’âge de 93 ans.
Pourquoi l’affaire Marie-Claire reste-t-elle aussi importante aujourd’hui ?
Plus d’un demi-siècle après le procès de Bobigny, l’histoire de Marie-Claire Chevalier conserve une place particulière dans la mémoire collective française.
Elle rappelle qu’une adolescente de 16 ans a pu être poursuivie pénalement pour avoir interrompu une grossesse consécutive à un viol.
Elle rappelle également le combat de sa mère, de son avocate et des femmes qui ont accepté de témoigner ou de se mobiliser pour remettre en cause une législation jugée injuste.
Avec L’Affaire Marie-Claire, le cinéma revient sur cette période à travers le destin d’une famille ordinaire confrontée à la justice.
Et c’est peut-être ce qui rend cette histoire aussi marquante : avant de devenir un symbole, Marie-Claire Chevalier était simplement une adolescente qui avait besoin d’aide.
Sources et références
- Ministère de la Justice – Le procès de Bobigny : contexte historique, déroulement des deux audiences, verdicts et conséquences judiciaires.
- Gaumont – Fiche officielle du film L’Affaire Marie-Claire : synopsis, distribution, réalisateurs et date de sortie.
- Festival de Cannes – L’Affaire Marie-Claire : présentation officielle et distribution.
- AlloCiné – L’Affaire Marie-Claire : secrets de tournage : travail sur les archives, rencontres avec les proches et reconstitution des décors.
- Gaumont – Présentation du film au Festival de Cannes 2026 : annonce officielle de la sélection et de la sortie.