Depuis la sortie du premier The Texas Chain Saw Massacre en 1974, une question revient : ce film est-il tiré d’une histoire vraie ? Avec la récente remise en lumière du cas d’Ed Gein via Monster : The Ed Gein Story (Netflix, octobre 2025), il est temps de remettre les choses au clair : oui, le film puise dans des faits sordides réels, mais non, il n’est pas une retranscription fidèle d’un seul crime.
Tobe Hooper, co-scénariste et réalisateur, a recyclé des anecdotes entendues, des reportages et son imagination pour fabriquer Leatherface et l’univers du film. Il a savamment cultivé l’ambiguïté « inspiré de faits réels » pour accentuer l’effroi — un choix volontaire de communication, pas une affirmation judiciaire.
D’où viennent les éléments « vraisemblables » du film ?
Plusieurs ingrédients réels ont nourri l’imaginaire du film : rumeurs locales, reportages choc, et surtout des histoires comme celle d’Ed Gein, le paysan du Wisconsin dont la découverte a horrifié l’Amérique dans les années 1950. Gein déterrera des corps, confectionnera des objets humains et avouera avoir tué deux femmes — c’est cet univers macabre qui a servi de matrice à plusieurs personnages du cinéma d’horreur. Mais attention : Hooper n’a pas filmé Ed Gein. Il a pris des éléments et les a transformés.
Ed Gein : ce qu’il a réellement fait

Ed Gein a été arrêté en 1957 après la disparition de Bernice Worden ; lors de la perquisition, la police trouva des restes humains, des crânes et divers objets fabriqués à partir de cadavres exhumés. Gein a admis deux meurtres (Mary Hogan et Bernice Worden) et de nombreux actes de profanation de sépultures. Les récits de la presse de l’époque ont ensuite donné corps à des mythes, parfois amplifiés par des articles sensationnels.
Alors, Leatherface, c’est Ed Gein ? Pas tout à fait.
Leatherface partage avec Gein l’idée du masque fait de peau humaine et l’ambiance de domesticité morbide, mais le tueur à la tronçonneuse du film appartient surtout à l’univers fictionnel créé par Hooper et Kim Henkel : une famille cannibale, des scènes de poursuite, une violence mise en scène pour l’écran. Autre nuance : la tronçonneuse en tant qu’arme est une invention d’écriture de Hooper (il raconte l’avoir imaginée lors d’une visite au rayon bricolage d’un magasin), pas un fait inspiré d’un meurtre réel connu.
Pourquoi le film a-t-il été présenté comme « basé sur une histoire vraie » ?

C’était une stratégie : rendre l’expérience plus angoissante et jouer sur la confusion entre rumeurs et réalité. Hooper a expliqué que l’étiquette « inspiré d’événements réels » renforçait le malaise et la portée politique/psychologique du film à une époque où les médias et le public étaient saturés d’images violentes. Résultat : une campagne qui a alimenté mystère, censure et légende.
Que dit la justice et la recherche sur la question ?
Sur le plan judiciaire et factuel : il n’existe pas de procès ou d’enquête reliant un tueur réel commettant des massacres à la tronçonneuse comme dans le film. Les faits avérés autour d’Ed Gein (meurtres prouvés, profanations) sont autrement plus circonscrits et clairs que la mythologie qui entoure le film. Pour être précis et responsable, il faut donc parler d’inspiration partielle, jamais d’adaptation d’un fait divers unique.
Et aujourd’hui ? Pourquoi relire cette histoire avec Monster ?
La sortie de Monster: The Ed Gein Story (Netflix, octobre 2025) réactive l’intérêt pour l’origine de ces mythes. C’est l’occasion de rappeler la différence entre faits vérifiés et folklore médiatique, et d’expliquer pourquoi certains crimes alimentent durablement la fiction. Si vous relevez d’une curiosité morbide, creuser les sources primaires (rapports de police, comptes rendus judiciaires, études universitaires) évite les amalgames.
The Texas Chain Saw Massacre n’est pas une histoire vraie au sens strict. Il s’agit d’un film profondément nourri par des éléments réels (notamment les histoires autour d’Ed Gein) et par l’imagination de ses auteurs, qui ont choisi de flouter la frontière entre réalité et fiction pour maximiser l’horreur. Si vous voulez comprendre la part de réel dans le film, commencez par lire les sources historiques sur Gein et regardez Monster en gardant à l’esprit la différence entre documentaire et fiction.