La série la plus regardée de Netflix a déclenché une rumeur persistante : et si ce jeu macabre, cette course à la dette mortelle, était inspiré de faits réels ?
Des photos et des théories circulent en ligne, évoquant un lieu secret où des jeux de survie auraient réellement eu lieu. Notre recherche approfondie est catégorique : non, le jeu du calamar tel qu’il est dépeint n’a jamais existé.
Cependant, le réalisateur Hwang Dong-hyuk a puisé dans des tranches de l’histoire sud-coréenne si sombres et si violentes qu’elles donnent un sens terrifiant au scénario. Découvrez les deux vraies sources d’inspiration qui hantent le show.
1. L’inspiration principale : La crise économique et la dette personnelle
L’origine la plus concrète de Squid Game se trouve dans la vie même de son créateur, et dans la réalité économique de la Corée du Sud.
Une lutte personnelle (Gi-hun, c’est lui)
Hwang Dong-hyuk a commencé à écrire le scénario en 2008, alors qu’il était lui-même endetté et traversait une période financière très difficile.
« Quand j’ai commencé, j’étais moi-même dans une situation financière difficile. Je me suis demandé ce que je ressentirais si je participais aux jeux. » – Hwang Dong-hyuk
L’idée de personnes désespérées prêtes à tout risquer pour une fortune est donc une critique acerbe et un reflet direct des inégalités croissantes et de la pression sociale en Corée, où l’échec financier est souvent synonyme d’ostracisme.
Le traumatisme des grèves ouvrières (L’histoire de Gi-hun)
L’histoire personnelle de Seong Gi-hun (le joueur 456) est directement inspirée d’un événement réel et violent : la grève de Ssangyong Motor Company en 2009.
Dans la série, Gi-hun a été licencié d’une usine automobile nommée Dragon Motor suite à une grève qui a tourné à la violence.
- L’événement réel : La grève de Ssangyong Motor, un conflit ouvrier de 77 jours contre des suppressions d’emplois, a vu des ouvriers s’affronter violemment avec la police. Cet événement a laissé de nombreuses familles ruinées et traumatisées, avec des suicides rapportés chez les anciens employés.
- Le lien avec la série : Ce combat pour la survie économique, où les plus faibles sont sacrifiés par le système, a servi de base psychologique et sociale à l’ensemble de l’intrigue.
2. Le mythe des « Brothers Home » : L’inspiration la plus sombre

Depuis la sortie de la série, une rumeur tenace lie Squid Game au Brothers Welfare Center (Brothers Home), un établissement terrifiant de Busan dans les années 1970 et 1980.
Une tragédie nationale, mais pas un jeu
Le Brothers Home était un véritable centre de travail forcé où, sous couvert de « rééduquer » les sans-abri, les dissidents politiques et même des enfants, des milliers de personnes ont été détenues, torturées, violées et soumises à des conditions inhumaines.
- La ressemblance troublante : Le lieu était une immense structure fermée, gérée par une autorité unique, où les détenus étaient forcés de se battre pour leur survie. On estime que plus de 500 décès sont survenus entre 1975 et 1987.
- La distinction cruciale : Contrairement à Squid Game, il n’y avait aucun jeu organisé pour gagner de l’argent. C’était un camp de concentration déguisé en centre de bien-être.
Bien que Hwang Dong-hyuk n’ait jamais officiellement cité Brothers Home comme source d’inspiration, les spectateurs sud-coréens y voient un écho indéniable : une société qui sacrifie ses membres les plus vulnérables pour maintenir une façade d’ordre et de richesse.
3. Les Jeux : 100% Coréens (mais sans la mort)
L’élément de fiction le plus pur, et pourtant le plus familier pour les Coréens, ce sont les jeux d’enfants eux-mêmes.
Tous les jeux mortels présentés sont basés sur des jeux traditionnels coréens :
- Le jeu du calamar (Ojing-eo Kké-im) : Le jeu de marelle complexe qui donne son titre à la série.
- Un, deux, trois, Soleil (Mugunghwa Kkotchi Pieosseumnida) : La fameuse poupée géante.
- Le Ttakji : Le jeu de claques avec des papiers pliés, utilisé pour recruter les joueurs.
- Le Dalgona : Le jeu du biscuit au caramel.
En transformant ces souvenirs d’enfance innocents en épreuves mortelles, le réalisateur met en lumière la perte d’innocence et le cynisme du monde adulte, forcé par le capitalisme.
Conclusion : Squid Game est une œuvre de fiction dystopique, mais son succès mondial tient à la façon dont elle reflète, de manière hyperbolique, des réalités économiques et des tragédies sociales bien réelles de l’histoire coréenne.