Un jeune militaire qui disparaît sans laisser de traces. Une mère à qui l’on explique que son fils a probablement déserté. Puis d’autres disparitions, toujours dans la même région, et des familles qui comprennent peu à peu qu’elles ne sont peut-être pas confrontées à de simples fugues.
Avec Les Disparus des Argonnes, France 2 revient sur l’une des affaires criminelles les plus troublantes de France : celle des disparus de Mourmelon. Portée par Alix Poisson, la série raconte le combat d’une mère déterminée à découvrir ce qui est arrivé à son fils.
Mais derrière cette fiction se cache une véritable enquête qui a duré plus de vingt ans, un ancien militaire devenu le principal suspect et un procès qui n’a jamais pu aller jusqu’à son terme.
Alors, Les Disparus des Argonnes est-elle une histoire vraie ? Qui était réellement Pierre Chanal ? Et que sait-on aujourd’hui du sort des jeunes hommes disparus ?
Les Disparus des Argonnes est-elle inspirée d’une histoire vraie ?
Oui, Les Disparus des Argonnes est librement inspirée de l’affaire des disparus de Mourmelon, survenue principalement dans les années 1980, dans la région de Champagne.
La série de quatre épisodes, réalisée par Safy Nebbou, est adaptée du roman du même nom de Julie Peyr, publié en 2022 aux éditions des Équateurs.
Elle suit Jocelyne Veyrades, une mère de famille dont le fils Gilles disparaît en 1981 alors qu’il effectue son service militaire. Les autorités privilégient la piste de la désertion. Jocelyne, elle, refuse d’y croire.
Son combat va durer des années.
Si cette histoire s’appuie sur des événements réels, il ne s’agit pas d’une reconstitution fidèle de l’enquête. Les auteurs ont modifié les noms, imaginé certains personnages et réorganisé plusieurs événements pour construire leur récit.
L’essentiel de l’affaire, en revanche, est authentique : des jeunes hommes ont effectivement disparu à proximité de camps militaires, leurs familles ont longtemps cherché des réponses et un sous-officier de l’armée française a fini par devenir le principal suspect.
La véritable affaire des disparus de Mourmelon
Tout commence en janvier 1980.
Serge Dubois, jeune appelé au 4e régiment de dragons de Mourmelon-le-Grand, dans la Marne, ne revient pas de permission. Son absence est constatée le 5 janvier.
À l’époque, le service militaire est obligatoire et les jeunes soldats rejoignent régulièrement leur famille pendant leurs permissions. Certains voyagent en train, d’autres font de l’auto-stop.
Dans un premier temps, la disparition de Serge Dubois ne provoque pas de mobilisation nationale.
Mais les mois passent et d’autres jeunes hommes disparaissent dans des circonstances similaires.
En février 1981, c’est au tour de Serge Havet, appelé à Mailly-le-Camp, dans l’Aube. Quelques mois plus tard, Manuel Carvalho et Pascal Sergent disparaissent également.
Les familles s’inquiètent, interrogent les autorités et cherchent à comprendre.
Pourtant, pendant longtemps, la possibilité que certains de ces jeunes hommes aient volontairement quitté l’armée reste privilégiée.
Une explication que leurs proches contestent.
Des disparitions qui se multiplient
L’affaire prend une dimension particulièrement inquiétante lorsque de nouveaux cas viennent s’ajouter aux précédents.
En octobre 1982, le corps d’Olivier Donner, lui aussi militaire à Mourmelon, est découvert dans un bosquet près de Mailly-le-Camp.
Puis, en août 1985, Patrice Denis, un civil, disparaît alors qu’il se rend vers le camp de Mourmelon.
En avril 1987, Patrick Gache, jeune appelé, disparaît à son tour.
Quelques mois plus tard, le corps de Trevor O’Keefe, un auto-stoppeur irlandais, est retrouvé dans l’Aisne. Il a été étranglé.
Les enquêteurs disposent désormais de plusieurs dossiers présentant des similitudes géographiques et circonstancielles.
Mais établir un lien criminel entre toutes ces affaires s’avère particulièrement difficile.
Et surtout, personne ne sait encore avec certitude ce qui est arrivé à la plupart des disparus.
Pierre Chanal : qui était le principal suspect ?
L’un des noms les plus étroitement associés à l’affaire est celui de Pierre Chanal, un adjudant-chef de l’armée française.
Militaire expérimenté, il a notamment exercé comme instructeur au camp de Mourmelon.
Pendant des années, rien ne permet de le désigner officiellement comme responsable des disparitions.
Tout bascule le 9 août 1988.
Ce jour-là, Pierre Chanal est arrêté lors d’un contrôle routier. Dans son véhicule se trouve un jeune auto-stoppeur hongrois qu’il retient contre sa volonté et qu’il a agressé sexuellement.
Le jeune homme est vivant. Son témoignage permet de mettre au jour les violences qu’il a subies.
Pierre Chanal est ensuite condamné, en octobre 1990, à dix ans de réclusion criminelle pour les faits commis sur cet auto-stoppeur.
Cette affaire conduit également les enquêteurs à s’intéresser de plus près à ses déplacements, à son véhicule et à ses anciennes affectations militaires.
Les rapprochements avec les disparitions de Mourmelon deviennent de plus en plus préoccupants.
Mais une question demeure : existe-t-il des preuves suffisantes pour établir sa responsabilité dans la disparition des autres jeunes hommes ?
Comment l’ADN a-t-il relancé l’enquête ?
Pendant longtemps, l’affaire des disparus de Mourmelon souffre d’un manque de preuves matérielles.
Les enquêteurs disposent de témoignages, de rapprochements entre certains déplacements et de plusieurs éléments troublants. Mais cela ne suffit pas à établir les circonstances exactes des disparitions.
Les progrès de la génétique judiciaire vont permettre de reprendre l’examen de certains scellés.
En 1999, des expertises mettent notamment en évidence des éléments génétiques reliant trois victimes au véhicule de Pierre Chanal.
Ces découvertes jouent un rôle déterminant dans la suite de la procédure.
En 2001, la justice décide de renvoyer Pierre Chanal devant une cour d’assises pour trois dossiers : ceux de Patrice Denis, Patrick Gache et Trevor O’Keefe.
Pour cinq autres affaires, un non-lieu est prononcé faute de charges suffisantes.
Cette décision ne signifie pas que les familles ont obtenu les réponses qu’elles attendaient. Elle montre surtout les limites d’une enquête dans laquelle les preuves ont été difficiles à recueillir et à exploiter.
Pierre Chanal a-t-il été condamné pour les disparus de Mourmelon ?
Non. Pierre Chanal n’a jamais été condamné pour les meurtres ou les disparitions de Mourmelon.
C’est une distinction essentielle.
Il avait bien été condamné pour les violences commises sur l’auto-stoppeur hongrois. En revanche, les accusations concernant les trois autres victimes devaient encore être examinées par une cour d’assises.
Un premier procès, prévu en mai 2003, est reporté après une tentative de suicide et des complications médicales.
Le procès s’ouvre finalement à Reims le 14 octobre 2003, en l’absence de Pierre Chanal, hospitalisé.
Mais dans la nuit du 14 au 15 octobre, l’ancien militaire se suicide dans sa chambre d’hôpital.
Il a 56 ans.
Sa mort entraîne l’extinction de l’action publique engagée contre lui.
Les familles sont ainsi privées du procès qu’elles attendaient depuis des années.
Malgré les éléments réunis par les enquêteurs et les lourds soupçons pesant sur lui, aucun verdict de culpabilité n’a été rendu dans ces trois affaires.
Pierre Chanal a toujours nié être responsable des crimes qui lui étaient reprochés.
Jocelyne Veyrades a-t-elle réellement existé ?
Dans la série, Jocelyne Veyrades, interprétée par Alix Poisson, est le personnage autour duquel se construit toute l’histoire.
C’est elle qui refuse de croire à la désertion de son fils Gilles. Elle qui interroge les autorités, rencontre les autres familles et poursuit ses recherches pendant des décennies.
Mais Jocelyne Veyrades est un personnage de fiction, conçu à partir du combat réellement mené par les proches des disparus de Mourmelon.
Elle représente notamment ces mères qui ont dû affronter l’incertitude, les lenteurs judiciaires et le sentiment de ne pas être entendues.
La série choisit ainsi de raconter l’affaire à hauteur de famille, plutôt que de suivre exclusivement le travail des policiers et des magistrats.
Ce choix donne une place centrale à une réalité parfois moins connue de l’affaire : pendant plus de vingt ans, les proches ont vécu sans savoir ce qui était arrivé à leurs fils.
Gilles Veyrades est-il un véritable disparu de Mourmelon ?
Gilles Veyrades, le fils de Jocelyne dans la série, n’est pas présenté comme la reproduction fidèle d’une victime identifiée.
Son histoire reprend plusieurs éléments de l’affaire réelle : un jeune appelé, une disparition pendant le service militaire et une famille confrontée à l’hypothèse d’une désertion.
Dans la véritable enquête, les disparus portaient notamment les noms de Serge Dubois, Serge Havet, Manuel Carvalho, Pascal Sergent, Patrice Denis et Patrick Gache.
Il faut donc distinguer les personnages imaginés pour la fiction des jeunes hommes dont les disparitions ont réellement été signalées.
Guy Lachêne est-il inspiré de Pierre Chanal ?
Oui. Dans Les Disparus des Argonnes, Guy Lachêne, incarné par Cyril Lecomte, reprend plusieurs éléments du parcours judiciaire de Pierre Chanal.
Comme dans l’affaire réelle, un militaire devient suspect après une interpellation liée à des violences sexuelles commises sur un auto-stoppeur.
La série évoque également les difficultés rencontrées pour relier cet homme aux disparitions et le rôle ultérieur des analyses scientifiques.
Mais Guy Lachêne reste un personnage fictionnel.
Les auteurs ont changé son identité et adapté les circonstances de l’enquête. Il serait donc trompeur de considérer chaque scène ou chaque dialogue comme une représentation exacte de la vie de Pierre Chanal.
Quelles différences entre la série et la véritable affaire ?
La série respecte les grandes lignes de l’histoire, mais elle prend plusieurs libertés narratives.
| Dans Les Disparus des Argonnes | Dans la réalité |
|---|---|
| Gilles Veyrades disparaît en 1981. | Les disparitions examinées dans l’affaire commencent dès 1980. |
| Jocelyne Veyrades mène le combat pour retrouver son fils. | Plusieurs familles ont mené des démarches pendant des années. |
| Guy Lachêne devient le principal suspect. | Pierre Chanal a été mis en cause dans plusieurs dossiers. |
| L’histoire est racontée à travers une famille centrale. | Les disparitions concernent plusieurs familles et différentes procédures judiciaires. |
| Les événements sont condensés en quatre épisodes. | L’enquête et les procédures se sont étendues sur plus de vingt ans. |
Ces différences ne retirent rien à la réalité des faits qui ont inspiré la fiction.
Elles rappellent simplement qu’une série dramatique, même inspirée d’une affaire criminelle authentique, ne constitue pas un document judiciaire.
La justice a-t-elle reconnu des erreurs dans l’affaire de Mourmelon ?
Oui, et c’est l’un des aspects les plus importants de cette histoire.
En janvier 2005, le tribunal de grande instance de Paris condamne l’État pour les dysfonctionnements de la justice dans l’affaire des disparus de Mourmelon.
Le jugement reconnaît une faute lourde liée à de nombreuses erreurs et négligences dans le traitement des dossiers.
Trente-six membres de dix familles obtiennent chacun une indemnisation de 25 000 euros.
Cette décision constitue une reconnaissance judiciaire des défaillances rencontrées pendant l’enquête.
Elle ne permet toutefois pas de résoudre les disparitions ni de remplacer le procès criminel qui n’a jamais abouti.
Pour les familles, la question essentielle reste entière : que s’est-il réellement passé ?
Que sont devenus les disparus de Mourmelon ?
C’est probablement la question la plus douloureuse de cette affaire.
Certains corps ont été retrouvés, notamment ceux d’Olivier Donner et de Trevor O’Keefe.
Mais pour plusieurs autres jeunes hommes, les circonstances exactes de leur disparition et leur sort n’ont jamais été établis judiciairement.
La mort de Pierre Chanal a mis fin aux poursuites engagées contre lui avant que les juges puissent rendre un verdict.
C’est aussi ce qui rend l’affaire de Mourmelon si particulière : après plus de vingt ans d’investigations, de rebondissements et d’espoirs, de nombreuses questions sont restées sans réponse.
Les Disparus des Argonnes remet aujourd’hui cette histoire en lumière, en rappelant surtout ce qu’ont vécu les familles : l’attente, l’incertitude et le combat pour que leurs proches ne soient pas oubliés.
Où regarder Les Disparus des Argonnes ?
La mini-série compte quatre épisodes d’environ 52 minutes.
Elle est disponible sur france.tv depuis le 30 octobre 2026 et diffusée sur France 2 les mercredis 4 et 11 novembre 2026, à partir de 21 h 10.
Réalisée par Safy Nebbou, elle réunit notamment Alix Poisson, Vincent Deniard, Anne Charrier, Félix Moati, Mehdi Nebbou et Cyril Lecomte.
La série a également reçu le prix de la meilleure série drama/suspense au Festival de la fiction de La Rochelle 2026.
Sources
- France Télévisions – Présentation officielle de la série : inspiration réelle, roman et présentation des personnages.
- France TV Pro – Dossier de presse : résumés des épisodes et informations de production.
- Le Monde – Chronologie de l’affaire des disparus de Mourmelon : principales dates de l’enquête et de la procédure.
- Le Monde – Le suicide de Pierre Chanal clôt l’affaire : déroulement et interruption du procès.
- Le Monde – L’État condamné dans l’affaire des disparus de Mourmelon : décision judiciaire de janvier 2005.