Undercover : Une histoire vraie

Undercover, l’histoire vraie de White Boy Rick

Richard Wershe Jr., alias White Boy Rick, ou encore, The Snowman, est un nom qui résonne encore aujourd’hui dans tout Detroit. Son ascension au sein du plus gros trafic de drogue de la ville dans les années 80 et son rôle dans la chute des barons de la drogue et des flics corrompus qui gangrenaient la DPD, se raconte toujours dans les rues de Detroit.

Il faut dire que l’histoire de ce gamin blanc de 14 ans qui se taille une place de choix dans le trafic de drogues dirigé par des adultes afro-américains, et qui s’avère, qui plus est, être une taupe pour le FBI, à de quoi fasciner, d’autant plus lorsqu’on connait le sort qui lui a été réservé, à savoir une condamnation à perpétuité, alors qu’il était âgé de seulement 17 ans.

L’histoire de Richard Wershe Jr., l’ado baron de la drogue et informateur du FBI, est devenu une icône, et son histoire ressemble aujourd’hui à une légende urbaine, et il est difficile de démêler le vrai du faux, d’autant plus que son histoire et son procès sont bourrés de non-dits. De nombreux journalistes ont mené l’enquête pour essayer d’en savoir plus, et voici un aperçu de ce qu’ils ont pu trouver sur la vie de White Boy Rick et sur le déroulement des faits.

Table des matières

Undercover : Une histoire vraie, ce que l’on sait et ce que l’on ne sait pas

Undercover, le trailer

Dans les années 80, suite à l’effondrement de l’industrie automobile américaine, la ville de Detroit s’est transformée en ghetto. Ne trouvant plus de travail, et avec la montée en puissance du crime, la plupart des gens ont quitté la ville.

Ne sont restées que les familles les plus pauvres (bien souvent des familles afro-américaines) ou des familles attachées d’une façon ou d’un autre à leur quartier ou à leur maison. C’est le cas de Richard Wershe Senior qui n’a pas quitté Detroit pour rester à proximité de ses parents qui vivaient de l’autre côté de la rue.

Détroit était alors la capitale américaine du crime, et le trafic de drogue, notamment le trafic de crack, battait son plein et inondait les rues.

C’était l’époque du « Just say no » (« dis juste non »), la campagne faite par Nancy Reagan pour essayer de dissuader les gamins de sombrer dans la drogue. C’était aussi l’époque de la loi « 650 lifer » du Michigan, qui condamnait à la prison à vie quiconque avait en sa possession plus de 650 g de drogue dure (cocaïne, héroïne…).

Ce qui faisait la particularité de Rick Wershe Jr. en tant que trafiquant de drogue, c’est qu’il était très jeune et blanc. C’était quelque chose qui ne s’était encore jamais vu à Detroit, et c’est peut-être aussi une des raisons qui fait qu’il est resté en prison beaucoup plus longtemps que tous les autres.

Son statut de dealer de drogue, donc blanc et jeune, lui a valu le surnom de « White Boy Rick » (« Rick le gamin/garçon blanc »). Ce surnom est entré dans la légende. Toutefois, impossible de savoir si c’était comme ça qu’on l’appelait dans le milieu, ou si c’était juste un surnom que lui a donné la presse, et qui a fini par lui coller définitivement à la peau.

De son côté, Rick Wershe Jr. affirme ne pas aimer ce surnom. Il assure également que personne dans le milieu de Detroit ne l’appelait comme ça. Quoiqu’il en soit, c’est ce nom qui est resté, et qui a traversé les décennies.

One bad bitch, I smoke hash from a stick/Got more cash than fuckin’ White Boy Rick.

Back From The Dead – Kid Rock, 1993
Undercover, l'histoire vraie de White Boy Rick
Richard Wershe Jr. alias White Boy Rick

Une chose est sûre, c’est que White Boy Rick aimait se balader dans les rues de Detroit au volant d’une Jeep dont la plaque d’immatriculation portait le nom évocateur de « The Snowman ». À cette époque-là, il n’avait pas le permis de conduire.

Il aimait aussi se montrer habillé comme les « grands » de Detroit, avec des fringues tape-à-l’œil, qui sentaient le fric à plein nez. Il ne cache d’ailleurs pas qu’il aimait s’habiller avec des survêtements et de grosses chaînes autour du cou, et qu’il aimait porter des manteaux de vison et se pavaner avec une Rolex sertie de diamants.

Toutefois, il se murmure dans le milieu, que White Boy Rick était juste un « petit » qui voulait jouer les « grands », et qu’il n’était pas un baron de la drogue, mais seulement un petit revendeur sans envergure qui dealait sur le pas de sa porte avec deux ou trois copains.

Ce serait d’ailleurs pour cette raison que les frères Curry l’ont laissé dealé. En effet, Rick ne représentait à leurs yeux, pas une grande menace pour la réputation et le trafic de la fratrie.

Cependant, certains faits laissent à penser que Rick Wershe avait bien plus de poids que certains du milieu ne voulaient l’admettre.

Toujours est-il qu’à seulement 17 ans, Rick Wershe Jr. a été condamné à la prison à perpétuité pour trafic de drogue. Puisqu’il a été arrêté en possession de 8 kilos de drogue.

De son activité en tant qu’informateur et dealer pour le compte du FBI, personne n’en entendra parler durant tout le procès. Pourtant, après investigations, certains documents officiels et témoignages attestent que White Boy Rick était bien un indic du FBI., et que ces derniers l’auraient aidé à infiltrer les plus gros trafiquants de Detroit.

1981 – 1984 : La transformation de Rick Wershe Jr.

D’après Dave Majkowski, un très proche ami de Rick Wershe Jr., Rick aurait commencé à avoir envie de se rapprocher du milieu de la drogue en 1981, après être parti en vacances à côté de Miami avec ses grands-parents.

Les vacances à Coral Gables

Ils seraient allés passer quelques jours dans le quartier riche de Coral Gables, chez des cousins de la famille. Sauf que dans le quartier, habitent beaucoup de dealers de drogues qui nagent littéralement dans l’argent. Rick aurait commencé à trainer avec des gamins du quartier, et il aurait réalisé tous les plaisirs matériels que la drogue peut offrir : de luxueuses maisons avec piscine, des Ferrari, des Porsche, des motos… Tout ce qui plaisait à un jeune ado, et en particulier, tout ce qui plaisait à Wershe Jr. ainsi qu’à Wershe Sr.

Majkowski qui avait déménagé, revint en 1984 faire un tour dans l’East Side de Detroit pour rendre visite à son ancien pote. D’après ses dires, il trouvait déjà que Rick Jr. avait changé. Il semblait être plus macho, et il trainait avec des gars qui n’avaient pas l’air commode.

Et effectivement, Wershe qui n’avait que 14 ans, avait déjà pas mal changé. Cette même année, et plus précisément le 24 mars 1984, lui et sa sœur Dawn, ont pourchassé un type qui avait volé la voiture de leur grand-mère.

Le vol de la voiture de grand-mère Wershe

Le 24 mars 1984, Rick et Dawn, tous deux dans deux voitures différentes, s’arrêtent à une station-service située non loin de leur maison. Rick avait « emprunté » la voiture de sa grand-mère, et Dawn avait une autre voiture.

Rick alla acheter un soda en laissant les clés sur le contact. Seulement, un type en profita pour lui voler la voiture. Rick et Dawn se lancèrent alors à sa poursuite avec la voiture de Dawn.

Une fois leur voiture à la portée du voleur, Rick s’empara du revolver .22 de Dawn et commença à tirer sur la voiture. Mais l’arme, de mauvaise qualité semble-t-il, s’enraya à peine les 2 premiers coups tirés. Un flic qui n’était pas en service et se trouvait non loin de la fusillade, arrêta Rick et Dawn Wershe.

Mais, alors qu’ils devaient tous les deux être jugés, le policier ne vint jamais témoigner au procès et l’affaire fut classée. Les deux jeunes purent donc reprendre le cours de leur vie sans être inquiétés.

Rick Wershe Senior et le FBI

D’après les document officiels du FBI, Rick Wershe Senior fut reconnu comme informateur du FBI en juin 1984 sous le nom de code « GEM ».

Cela n’était en rien étonnant, puisque Rick Sr. était assez proche de quelques agents du FBI depuis plusieurs années. En effet, sa boutique d’armes à feu se situait à côté du bureau du FBI de Detroit, et c’est chez lui qu’ils venaient se fournir en matériel.

En 1982, le FBI s’est associé à la DEA pour traquer les gangs de l’East Side et endiguer le trafic de drogue, tout cela aux côtés de l’East Side DPD (la police de Detroit du côté Est).

De son côté, Wershe Sr., avait demandé aux agents du FBI de lui rendre quelques services, et notamment de le prévenir dès que sa fille avait des problèmes, ce qu’ils ne manquèrent pas de faire à plusieurs reprises.

Les agents du FBI, quant à eux, se demander depuis longtemps ce que ce gentil marchand d’armes qui vivait du côté Est de Detroit allait pouvoir faire pour eux. Et c’est comme ça qu’il commença à faire l’indic pour le FBI.

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Richard Wershe Sr, 2012

Rick Wershe Junior et le FBI

Un jour, les agents de FBI se pointèrent chez les Wershe afin d’obtenir des infos sur des personnes apparaissant sur des photographies.

Wershe Senior leur dit qu’il devait emmener son fils à l’école, mais qu’il pouvait parler un peu. Wershe Sr, en tant que marchand d’armes, avait pris l’habitude de ne pas se mêler des affaires des gens. Il ne fut donc pas d’une grande utilité aux agents du FBI.

Par contre, Wershe Jr, qui s’était approché par curiosité, avait beaucoup plus à offrir aux agents que son père. Il commença alors à leur donner de nombreuses informations.

Rick had more answers than I did

Rick Wershe Senior

Rick Wershe Jr, ne passait pas encore beaucoup de temps avec le gang des frères Curry, mais il était déjà suffisamment proche d’eux pour donner de nombreuses informations au FBI. Il connaissait les membres les plus importants et connaissait pas mal de détails.

Il leur parla de la voiture de Johnny Curry qui ressemblait à une »voiture de proxénète », il connaissait des revendeurs qui travaillaient dans le quartier, il leur avait d’ailleurs déjà vendu des armes de son père.

Wershe avait alors l’impression d’être dans Scarface, son film préféré. Il avoua plus tard à un journaliste, qu’à ce moment-là, en voyant les agents du FBI pendus à ses lèvres pour avoir des infos, il s’était senti devenir important : il avait des informations que le FBI voulait.

Your son was very helpful

Les agents du FBI à Wershe Sr.

Ainsi, en juin 1984, Wershe Senior devint un indic officiel du FBI. Il passa alors un accord avec son fils, et lui promit de partager avec lui l’argent que le FBI lui donnerait. Rick avait tout juste 14 ans.

La fusillade qui le fit entrer dans la cour des grands

La réputation de Wershe a été renforcée lorsqu’un gars qu’il connaissait et qui appartenait au gang des Curry lui a tiré dans l’estomac avec un calibre 357.

Le gars a juré avoir tiré par accident, mais ni Rick ni la rumeur n’était de cet avis. En effet, Johnny Curry était persuadé qu’il y avait une taupe parmi eux.

Rick Wershe a fait un séjour à l’hôpital et en est ressorti avec un sac de colostomie. C’était très embarrassant. Toutefois, s’être fait tirer dessus était beaucoup moins embarrassant pour sa réputation.

En effet, Wershe affirme que les agents du FBI responsables de lui se sont servi de la fusillade pour renforcer sa crédibilité dans la rue, et que moins de 6 mois plus tard, il était de retour à son poste de taupe pour le compte du FBI.

Il déclarera quelques années plus tard à CNN : « Si ce n’est pas une mise en danger des enfants au plus haut niveau, je ne sais pas comment vous l’appelez ».

1985, White Boy Rick prend de l’importance

Rick Wershe Jr. arrive à se faire une place de choix auprès des frères Curry et le FBI devient encore plus friand des informations qu’il peut leur donner, le poussant à aller toujours un peu plus loin, dans l’espoir d’en apprendre plus et de pouvoir coincer les plus gros trafiquants de la ville.

Le voyage à Las Vegas avec les frères Curry

Ainsi, 1 an plus tard, au printemps 1985, White Boy Rick qui avait abandonné l’école, s’était tellement rapproché des jumeaux Curry, à savoir Johnny, dit « Little Man », et Leonard, dit « Big Man », qu’ils l’invitèrent avec eux pour aller voir le combat Tommy Hearns Vs Marvin Hagler au Caesar’s Palace de Las Vegas.

Pour la petite histoire, Tommy Hearns a grandi à Detroit et serait passé par tous les gymnases miteux de la ville. Les gens l’appelaient alors le Hitman ou City Cobra. Une des blagues courantes à Detroit est que, lorsque Hearns a un gros combat quelque part, il est ensuite impossible de trouver un seul trafiquant de drogue à Detroit, puisqu’ils sont tous allés le voir combattre.

Et maintenant, Rick Wershe Jr fait partie de la bande des Curry et se balade avec eux sur le Strip de Vegas, et tout le monde peut le voir.

Cependant, White Boy Rick affirme que s’il a pu partir pour Vegas, c’est avec l’accord du FBI, et qu’ils lui auraient fourni une fausse carte d’identité mentant sur son âge. Ils auraient aussi payé son billet d’avion, son hôtel, et toutes ses autres dépenses. Tout cela dans le but que Rick garde un œil sur les Curry et en apprenne plus sur leurs fournisseurs.

J’étais, comme, impressionné, mec, je n’avais jamais été nulle part comme ça. J’avais une poche pleine d’argent. Je pouvais acheter tout ce que je voulais. Je pouvais manger ce que je voulais.

White Boy Rick à Evan Hughes
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Document officiel du FBI concernant le voyage à Las Vegas de « la source », le 13 mars 1985

Rick Wershe Jr., un informateur locace

Au début, Rick Wershe ne donnait que des informations un peu isolées du trafic de drogue. Il informait le FBI sur les auteurs d’un braquage d’une bijouterie, ou sur l’emplacement d’une cache d’armes volées, ou encore, sur l’identité d’une clinique vendant des ordonnances illégales… de quoi donner du travail à la police de Detroit, mais pas des infos bien intéressantes pour le FBI.

Mais peu à peu, et se prenant sûrement un peu au jeu, Wershe donnait des informations de plus en plus grosses, comme une maison contenant des dizaines d’armes à feu, des bols de punch remplis de cocaïne, une chambre pleine d’équipements vidéo volés et une armoire remplie de 4 millions de dollars.

En février 1985, grâce aux informations de Wershe, la police a obtenu un mandat de perquisition et a pu faire une descente dans la maison et y trouva environ 200 000 $ en liquide et tout ce que Rick leur avait décrit. Wershe trouva tout ça vraiment très excitant.

Quel gamin ne veut pas être un flic infiltré quand il a 14, 15 ans ?

Rick Wershe Jr.
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Document officiel du FBI concernant le rôle de leur informateur dans la saisie de la maison et ce qu’ils y ont trouvé

Un jeu dangereux au milieu des caïds de Detroit

Si Wershe avait pu s’infiltrer assez facilement dans le gang des jumeaux Curry, c’est parce qu’il s’était lié d’amitié avec leur petit frère, Rudell « Boo » Curry (ce dernier avait toutefois 9 ans de plus que Rick Jr.).

Mais Rick craignait les frères Curry autant qu’il les admirait. Et il savait très bien qu’ils ne toléraient pas la trahison. Il continua toutefois de se rapprocher de la fratrie, et il a été vu plusieurs fois au côté de Johnny Curry, s’amusant avec un fusil.

Et à côté de ça, il était devenu une taupe et les documents du FBI qui ont été retrouvés ne laissent planer aucun doute quant au rôle qu’il a joué dans l’arrestation de plusieurs lieutenants un beau jour de juillet 1985.

1986, Rick Wershe Jr. prend son envol

En 1986, et grâce aux frères Curry, Rick Wershe a pu rencontrer les plus grosses pointures du trafic de cocaïne, et notamment Art Derrick, qui était un des principaux revendeurs de cocaïne en gros volume de toute la ville. Derrick était le seul gars blanc dans l’entourage de Wershe.

Art Derrick, la source d’inspiration

Lors d’une interview concernant la chute des frères Chambers (l’autre plus gros gang de Detroit), Art Derrick déclara avoir engrangé pas moins de 100 000 $ de bénéfices par jour pendant plus de deux ans et demi. Ils ont aussi fourni les plus grands noms du trafic de drogue de Detroit, à savoir Maserati Rick et Demetrius Holloway.

Art Derrick se prit d’affection pour Rick Wershe, qui connaissait également son fils, un gamin bourgeois qui revendait de la drogue à ses potes de Grosse Pointe, un des secteurs les plus riches de Detroit. Derrick a emmené Wershe en voyage à Miami et à Las Vegas. Le considérant un peu comme son fils, il lui faisait mener la grande vie.

Derrick faisait venir par avion de la cocaïne achetée à Miami. Et comme elle coûtait bien moins cher à Miami qu’à Detroit, il se faisait une très belle marge sur chaque vente.

White Boy Rick marche dans les pas de Derrick

D’après les dires de Rick, il aurait rapidement compris comment se faire un max d’argent, et aurait donc décidé de contourner Derrick et d’acheter directement auprès d’un gros revendeur de Floride.

Ainsi, au sommet de sa carrière de dealer, ce fournisseur lui aurait envoyé des expéditions allant jusqu’à 50 kilos. Dans les années 80, à Detroit, 1 kilo se vendait environ 17 000 $. Cependant, le crack était en plein boom et tout le monde cherchait à gagner sa part en se mettant à dealer. L’offre étant plus forte que la demande, le prix local au détail baissait donc rapidement.

Rick n’aimait pas traiter avec les acheteurs de dope, il n’avait d’ailleurs même pas de sous-fifre pour revendre la drogue aux usagers. Il ne voulait pas se lancer dans la vente au détail, ni devenir un chef de gang. Ce qui l’intéressait, c’était de vendre en quantité aux revendeurs. Il évitait de descendre sous les 1 kilo par vente.

De leur côté, les revendeurs transformaient la cocaïne en crack et la vendaient en petites quantités. De cette manière, la valeur marchande d’origine de la drogue était décuplées et pouvait ainsi rapporter plusieurs millions.

C’est de cette façon que Rick, un gamin encore mineur, serait devenu un patron de la drogue, au même titre que Demetrius Holloway, Maserati Rick et John Curry.

Une notoriété qui prête à sourire

Toutefois, alors que pendant son procès un juge qualifiera Rick Wershe de « pire qu’un meurtrier de masse » et que bon nombre de personnes s’extasieront sur sa supposée position de patron de la drogue de Detroit, certains acteurs du milieu auront plutôt tendance à avoir une opinion toute autre quant à la réelle importance de Wershe au sein du trafic de cocaïne de Detroit des années 80.

Ainsi, Steve Fisherman, un des plus célèbres avocats de la ville affirme que si un gamin de 18 ans était le patron des rues de Detroit, il le saurait. Il ajouta que c’était même une blague entre collègues de voir que les gens plaçaient Rick Wershe au même niveau que les véritables patrons.

Il faut souligner que Steve Fisherman a comme clients Demetrius Holloway, Maserati Rick et John Curry, les vrais patrons de la drogue.

Une des raisons à l’origine de la notoriété de Wershe est qu’il aurait été un fournisseur régulier des frères Chambers, qui à l’époque, étaient des poids lourds dans le milieu.

Cependant, d’après B.J. Chambers, Wershe n’était pas un cerveau criminel ni un prodige, mais plutôt un adolescent qui avait pris la grosse tête et se pensait plus important qu’il ne l’était. Il affirme également que des acteurs majeurs comme Art Derrick se servaient de Wershe pour acheminer la cocaïne vers Detroit. Et que, de plus, White Boy Rick n’avait ni la clientèle, ni les sous-fifres pour déplacer la drogue de façon efficace.

BJ Chambers affirme aussi que Wershe se faisait d’ailleurs très souvent escroquer par les personnes qui venaient l’aider. En effet, il avait partagé les expéditions de Miami avec des amis, parce qu’il avait besoin d’aide pour vendre.

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BJ Chambers

Enfin, il affirme que Rick Wershe était bien trop souvent à court d’argent pour faire partie des grands du trafic. Alors pour se remettre à flot rapidement, il cassait les prix. Sauf que ça a commencé à se savoir dans les rues, d’autant plus que Wershe proposait des prix différents suivant les acheteurs.

Et pour enfoncer un peu plus le clou et démontrer l’amateurisme de White Boy Rick, Chambers explique que garder plusieurs kilos de drogue dans une seule boîte (comme celle qui a été retrouvée et qui a provoqué son inculpation) est une faute de débutant.

En effet, tous les trafiquants de Detroit étaient conscients qu’il suffisait de 650 gr de drogue pour finir ses jours en prison. Alors ils s’arrangeaient toujours pour diviser leurs approvisionnements et se tenir à bonne distance de plus de 650 grammes.

Nous avons tous été impressionnés par ce que les Chambers ont mis en place. Mais je ne me souviens pas avoir été impressionné par [Wershe] et ses capacités. Il était juste un peu comme un gamin maladroit.

Tom McClain du No Crack Crew

La fin du job d’indic

D’après les archives du FBI, la collaboration avec Rick Wershe Sr. en tant qu’informateur se serait arrêtée en juin 1986, soit environ 1 an avant l’arrestation de son fils.

D’après les souvenirs du père de Rick Jr., Groman un agent du FBI, lui aurait dit avoir des preuves du trafic de drogue de son fils.

Il pense que le fait que son fils commence à avoir une certaine importance dans le milieu de la drogue est une des raisons probables ayant provoqué l’arrêt de sa collaboration avec le FBI.

1987, la chute des frères Curry et l’arrestation du White Boy Kid

Avec l’intensification de la consommation de crack, les autorités ont pour mission de mettre fin au trafic qui gangrène Detroit. C’est donc le début de la fin pour de nombreux gangs, même pour les plus influents.

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Johnny et Leonard Curry

L’arrestation des frères Curry

En 1987, un grand jury fédéral a rendu un acte d’accusation contre Johnny et Leo, ainsi que Boo Curry et 18 autres personnes du gang, pour une série d’accusations, et notamment pour l’exploitation d’une entreprise criminelle continue.

Johnny Curry décida de plaider en échange d’une peine de 20 ans. Les autres accusés du gang des Curry ont également passé des accords chacun de leur côté.

Quelques semaines après l’emprisonnement de Johnny Curry, sa femme, Cathy Volsan, est venue frapper à la porte de Rick Wershe. Ils commencèrent à sortir ensemble. Il avait alors 17 ans et elle 24 ans. Wershe savait que Johnny serait furax, mais à l’époque il avait tellement pris la grosse tête qu’il s’en battait totalement.

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Johnny Curry et Cathy Volsan

White Boy Rick attire un peu trop l’attention

Rick était maintenant suffisamment connu dans le milieu pour devenir une cible. Ainsi, au printemps 1987, alors qu’il roulait dans la voiture d’un ami, il échappe de justesse à une fusillade dont il était la cible. Plus tard, Nate « Boon » Craft, un exécuteur de gang bien connu pour sa violence et son appartenance au gang « Best Friends », avoua avoir appuyé sur la détente.

Mais les gangs rivaux n’étaient pas les seuls à vouloir le voir tomber. En effet, le No Crack Crew et la police de Detroit commençaient à l’avoir aussi dans le viseur. La raison de cet intérêt : Wershe avait vendu pour 1 600 $ de cocaïne à un flic infiltré de la DEA, chez son père, quelques mois auparavant.

S’ensuivi plusieurs descentes qui révélèrent tout d’un trafic de drogue d’une belle ampleur : des balances, des machines à compter les billets, de l’argent et des armes. Toutefois, de trop petites quantités de drogue ont été découvertes pour pouvoir l’inculper.

Mais la police avait décidé de ne pas le lâcher et trouvait n’importe quel prétexte pour l’arrêter et le fouiller en espérant trouver suffisamment de drogue sur lui. Wershe était devenu un prix pour tout flic qui pouvait le faire tomber. Ce n’était qu’une question de temps avant d’arriver à le mettre sous les verrous à perpétuité.

L’arrestation de Rick Wershe Jr.

Le 22 mai 1987, alors que Rick Jr. rentrait chez lui avec un de ses associés, la police était déjà là, prête à le cueillir sous un prétexte quelconque.

Rodney Grandison, un policier que Wershe connaissait, s’est approché de la voiture et a remarqué un sac sur le sol. Il demanda alors à son partenaire de regarder à l’intérieur. Wershe a essayé de s’interposer, et ils ont commencé à se bagarrer. Le sac contenait 30 000 $. Ce n’était pas un crime en soi, mais Wershe se doutait bien que ce sac pouvait d’une façon ou d’une autre causer sa perte.

Voyant cela, Rick Sr. et Dawn sont venus au secours de Rick Jr. et dans la bagarre, Rick Sr. réussit à s’emparer du sac à le donner à Dawn. Cette dernière courut alors le cacher dans la maison de leurs grands-parents. Rick Jr. profita de la confusion générale pour s’échapper en passant par les jardins.

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Rick Wershe Jr., sa mère et sa sœur Dawn

Les renforts sont arrivés rapidement et ont fouillé la maison des grands-parents jusqu’à mettre la main sur le sac rempli d’argent. Grandison qui s’était lancé à la poursuite de White Boy Rick réussit à l’attraper une rue plus loin.

Quelques heures plus tard, et d’après les rapports de police, les agents auraient reçu un appel anonyme les informant que Rick Jr. avait caché une boîte en carton sous le porche d’un de ses voisins avant de se faire arrêter.

La police est allée vérifier, et ils trouvèrent effectivement une boîte en carton. Cette dernière contenait 8 kilos de cocaïne…

La naissance de la légende White Boy Rick

Wershe paya sa caution et pu sortir en attendant son procès. Mais ses activités illégales étaient maintenant connues des médias et du grand public. Les journaux parlaient de son âge, et du fait qu’il devrait plutôt être occupé à penser au bal au lieu de la prison.

Dans la rue, on le reconnaissait, on savait qui il était, il avait l’impression d’être devenu une star su hip-hop. Il était devenu célèbre. Certains disaient même être fan et lui souhaitaient bonne chance pour son procès.

En octobre 1987, le No Crack Crew l’a de nouveau arrêté, cette fois pour possession de 5 kilos. Wershe savait que les 8 kilos trouvés précédemment suffisaient déjà, s’il était jugé coupable, à la faire condamner à perpétuité sans libération conditionnelle.

1988, la fin de White Boy Rick

En janvier 1988, Rick Wershe Jr. arriva au tribunal accompagné de ses parents. Dans la salle et aux abords du tribunal, on pouvait voir de nombreux partisans de White Boy Rick, ainsi que des têtes bien connues du trafic de drogue de Detroit.

Rick Jr. semblait détaché tout le long du procès. Peut-être pensait-il pouvoir s’en sortir, ou bien peut-être, étant donné son jeune âge, n’avait-il pas vraiment réalisé ce que signifiait passer sa vie en prison.

Les témoignages s’enchaînèrent, puis finalement, le verdict tomba. Rick Wershe Junior a été reconnu coupable et a été condamné à la prison à perpétuité, sans remise de peine possible.

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White Boy Rick, 17 février 1988

Durant tout le procès, personne n’évoqua un quelconque lien entre Wershe et le FBI.

Lors du rendu de la sentence, la juge dit avoir remarqué les chaînes en or et les tenues propres aux trafiquants de drogue que portaient les jeunes dans la salle. Elle dit alors à Rick Jr., que s’ils arrivent à ne pas se faire tuer avant, ils ne tarderaient sûrement pas à le rejoindre dans sa nouvelle résidence.

If they are lucky to survive death, they will probably join you as neighbors in your new residence

La juge, au procès de Rick Wershe Jr.

1990, des soupçons de corruption planent sur la police de Detroit

L’agent Groman fut transféré de la brigade antidrogue du FBI à la brigade de la corruption des fonctionnaires en 1989. Toutefois, l’affaire de l’homicide de Damion Lucas, qui datait de 4 ans, le rongeait toujours.

L’affaire Damion Lucas

L’affaire Damion Lucas commence un peu avant le voyage à Las Vegas des frères Curry. Ils avaient alors demandé à Leon Lucas, un petit revendeur, de s’occuper des réservations de l’hôtel et de tous les divertissements pour leur virée à Vegas. Seulement, Leon Lucas, aidé de son cousin, n’avait pas réussi à leur trouver des billets pour le combat, ce qui contraria très fortement les frères Curry.

Deux semaines plus tard, la maison de Lucas à Detroit était la cible d’une fusillade. Leon Lucas n’était pas à la maison à ce moment-là, mais à l’intérieur de la maison qui fut criblée de balles, se trouvaient ses deux neveux. L’un d’eux, Damion Lucas, 13 ans fut tué d’une balle dans la poitrine.

Wershe qui trainait avec le gang des Curry, entendit que trois hommes des Curry étaient impliqués, mais ça ne devait être au départ qu’un avertissement, ils ne devaient pas tirer pour tuer. Il informa le FBI de tout ce qu’il avait pris sur cet évènement tragique.

Lorsque l’agent Groman a vérifié le journal du lendemain de la fusillade, il a découvert que les 2 premiers appels passés par Johnny Curry étaient destinés à des membres du département de police de Detroit.

Un numéro appartenait à un sergent nommé Jimmy Harris. L’autre était la ligne directe non répertoriée du superviseur de Harris, le commandant Gilbert R. Hill.

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Oui, c’est le même Gill R. Hill qui a joué dans le flic de Berverly Hills avec Eddie Murphy

À l’époque de la fusillade, Hill était inspecteur du département de police chargé des homicides, mais sous ses ordres, certains officiers vétérans ont été affectés officieusement à une autre tache, celle de s’occuper de la famille du maire, Coleman Young, et en particulier de sa nièce, Cathy Volsan, qui n’était autre que la fiancée à Johnny Curry.

Quelques jours après la fusillade, le FBI a commencé à écouter le téléphone de Johnny Curry. Ils ont enregistré une conversation dans laquelle Johnny parlait de certains de ses hommes qui étaient allés faire un geste stupide et tuer un petit garçon.

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Coleman Young

Groman alla voir la police de Detroit et leur expliqua ce qu’il savait de l’homicide. La police ne broncha pas, et aucune accusation ne fut jamais déposée contre Johnny Curry ou ses associés.

D’après les registres et les écoutes du téléphone de John Curry, Groman en était venu à croire que la fiancée de Curry, Cathy Volsan, avait des alliés haut placés au sein de la police de Detroit, et que ces derniers étaient prêts à coopérer avec des criminels. Maintenant, il voulait le prouver.

Il alla donc voir Wershe, qui était incarcéré à la prison de Marquette Branch, en espérant obtenir des informations en échange de son aide pour être transféré dans une meilleure prison ou pour, dans le cas d’une libération conditionnelle, lui apporter son soutien.

Wershe n’était pas très chaud pour coopérer, d’autant plus que personne du FBI n’était venu l’aider durant le procès, ni n’avait parlé de son statut d’indic. Mais maintenant qu’il savait à quoi ressemblait la vie en prison, il était désespéré et accepta de coopérer. De plus, l’idée de pouvoir faire tomber des flics corrompus lui plaisait beaucoup.

Faire tomber les flics corrompus en piégeant Volsan

De ce que Wershe dit à Groman, c’est que son ex-copine, Cathy Volsan, était le lien entre les flics corrompus et le trafic de drogue. Ils décidèrent alors de lui tendre un piège.

Rick Jr., qui était resté en contact avec Volsan, l’appela de la prison et lui dit que sa sœur, Dawn, venait lui rendre visite pour son 21e anniversaire et qu’elle serait accompagnée d’un vieil ami à lui de Miami, nommé Mike Diaz. Il lui dit que ça serait une bonne idée qu’elle aille diner avec eux.

Il savait que le fait d’évoquer Miami serait amplement suffisant pour intéresser Cathy Volsan et lui donner envie de rencontrer cet homme.

C’était comme balancer un ver devant un poisson affamé

Ricke Wershe à EVan Hughes, à propos de Cathy Volsan

Le 26 juillet 1990, Diaz, Dawn et Volsan dinèrent donc ensemble. Diaz raconta à Volsan qu’il était connecté à Rock depuis longtemps, et qu’il continuait de l’aider, car Wershe était toujours resté fidèle. Il lui dit également qu’il souhaitait se reconnecter au trafic de Detroit et qu’il était prêt à payer pour protéger certaines cargaisons d’argent qu’il blanchissait. De son côté, Volsan s’est vantée de ses liens avec la police de Detroit et du fait que personne n’avait de relations comme elle.

Ce que Volsan ne savait pas, c’est que ce Mike Diaz s’appelait en réalité Mike Castro et était un agent du FBI infiltré, et qu’il avait enregistré toute leur conversation. Elle n’avait pas non plus remarqué que l’agent Groman était assis à une table, non loin d’eux.

Quelques mois plus tard, Volsan présenta Diaz à son père, Willie Volsan, qui avait beaucoup d’influence grâce à ses liens familiaux avec Coleman Young, le maire de Detroit. Willie Volsan était lié à l’affaire Curry et avait fait l’objet de plusieurs enquêtes fédérales sur la drogue sans jamais être condamné.

Comme il avait besoin d’un flic influent, Willie Volsan mit Jimmy Harris dans la combine avec Diaz. Jimmy Harris était une figure influente du département étroitement lié au maire.

Undercover, l'histoire vraie de White Boy Rick
James (Jimmy) Harris

L’opération Backbone fait boule de neige

L’accord passé, et en échange de beaucoup d’argent, Jimmy Harris et Willie Volsan enrôlèrent plusieurs personnes dans le complot. Cinq expéditions ont suivi.

Une équipe de police dirigée par Volsan et Harris se rendait à l’aéroport métropolitain de Detroit pour rencontrer Diaz, qui prétendait qu’il venait d’arriver. Il transportait des valises prétendument remplies d’1 million de dollars en argent de la drogue. En réalité, c’était du papier découpé, avec quelques couches de vrais billets sur le dessus.

Ensuite, ils escortaient Diaz jusqu’à une banque où il faisait semblant de faire un dépôt avant d’être reconduit à l’aéroport.

Voyant que ça prenait bien, Groman et Diaz ont essayé d’obtenir plus. Ils ont donc poussé Volsan et Harris à faire intervenir encore plus de flics corrompus dans leur petit manège, ce qui a très bien marché.

Mais le but ultime de Groman, était de remonter jusqu’à la pourriture la plus profonde, celle qui était le plus haut placé dans les rangs de la police de Detroit, et en particulier celui qu’il avait dans son viseur depuis l’affaire Lucas, le commandant Gilbert Hill.

Ils ont donc placé un peu plus d’agents infiltrés et ces derniers ont réussi à enregsitrer des conversations compromettantes entre Harris, Willie Volsan et Hill. Mais, rien n’était assez incriminant pour arrêter Hill.

Groman espéra donc, que Harris ferait tomber Hill lorsqu’il serait en état d’arrestation. Pour cela, il élabora un plan plutôt audacieux.

1991, la chute des flics corrompus de Detroit

Le 21 mai 1991, Harris s’est rendu à l’aérodrome pour participer au déchargement de 100 kg de cocaïne. Jimmy Harris se chargea aussi de la protection des livreurs en leur donnant une radio de police afin qu’ils soient au courant de tous les déplacements des officiers de police qui n’étaient pas mêlés à leur affaire.

La voiture chargée à bloc quitta le tarmac et se rendit dans le quartier de Monroe pour effectuer le dernier transfert. Elle a fait tout le trajet en étant escortée de voitures de police.

Une fois le transfert effectué, Harris alla rencontrer Diaz dans un hôtel afin de se faire payer pour les services des flics. Il empocha alors 50 000 $ en liquide.

Dans la pièce d’à côté, Groman n’en perdait pas une miette. Il avait tout organisé avec une équipe d’environ 100 personnes. Les personnes dans l’avion étaient des agents du FBI, tout comme ceux qui avaient réceptionné la marchandise dans le quartier de Monroe. Il avait aussi fait placer des micros et des caméras partout sur le tarmac, ainsi que dans la chambre d’hôtel.

Undercover, l'histoire vraie de White Boy Rick
Herman Groman

Une fois l’argent donné à Harris, Diaz sortit sous prétexte d’aller chercher des glaçons afin de trinquer à leur affaire. Dès qu’il eut franchi la porte, le SWAT déboula dans la chambre et embarqua Harris. Ils lui mirent une cagoule sur la tête et le mirent de force dans leur camionnette.

Une fois au QG, Harris ne voulut pas coopérer. Le FBI alla donc arrêter les autres suspects, à savoir, 11 policiers et plusieurs civils.

Finalement, Jimmy Harris, Willie Volsan et sept autres sont allés en prison. Tous ont depuis été libérés. Harris a été gracié par le président George W. Bush en 2008. Cathy Volsan n’était pas une cible du FBI, elle n’a jamais été inquiétée dans cette affaire.

Dans cette opération, Rick Wershe a joué un rôle crucial. Et cette fois, son importance et son implication ont enfin été reconnues, ainsi son rôle d’informateur. En remerciement pour sa coopération, il a obtenu son transfert en détention préventive. Son implication dans l’affaire a fini par faire la une de tous les journaux.

Après l’opération Backbone, Groman a fait transférer Wershe dans un programme de protection des témoins au sein du système pénitentiaire fédéral, ce qui l’a finalement conduit dans un établissement à sécurité moyenne à Marianna, en Floride.

1998, abandon de la loi « 650 lifer »

1998 signe l’abandon de la loi 650 Lifer. Cette nouvelle a donné à Wershe une lueur d’espoir. En effet, suite à cet abandon, des condamnés qu’il connaissait dans le Michigan ont été placés en liberté conditionnelle.

2003, l’espoir d’une libération conditionnelles

Le 27 mars 2003, c’est enfin au tour de Rick Wershe Jr. de passer devant la commission des libérations conditionnelles du Michigan. C’était enfin sa chance d’obtenir un sursis de sa peine à perpétuité.

Dans la salle, sa famille et des agents du FBI, dont Herman Groman, attendaient, impatients de pouvoir témoigner.

I don’t know if you’ve ever seen one, but living in a six-by-nine cell that sometimes smells like urine and stuff like that, it’s no place… I’d rather be dead sometimes.

White Boy Rick s’adressant à la commission des libérations conditionnelles

Le FBI en faveur de la libération conditionnelle Rick

Groman a été entendu par la commission. Il expliqua en détail le rôle crucial de Rick Wershe Jr. dans l’opération Backbone. Il parla du statut d’indic de son père, mais évita de mentionner ce que Rick avait fait pour le FBI lorsqu’il était adolescent.

Undercover, l'histoire vraie de White Boy Rick
Rick Wershe Jr.

L’agent Greg Schwarz, qui faisait partie de l’équipe qui se servait des Wershe pour obtenir des tuyaux, pris également la défense de Wershe, et sans non plus évoquer son statut d’indic, expliqua que Wershe leur avait fourni de nombreuses informations importantes.

Mais après le départ de l’audience de Groman et Schwarz, plusieurs personnalités éminentes du département de police de Detroit ont pris la parole pour témoigner. C’était quelque chose d’inhabituel pour ce genre d’audience puisque les gens ne dénoncent généralement pas les détenus lors d’une audience de libération conditionnelle à moins qu’ils n’aient un lien personnel avec l’affaire.

La police de Detroit fait front contre Wreshe Junior

Or, ces flics travaillaient dans les homicides à l’époque de Wershe, pas dans les stupéfiants. Ils ne l’avaient jamais rencontré auparavant. Pourtant, ensemble, ils ont monté un dossier impitoyable contre la libération de Wershe.

Dennis Richardson, un commandant de police retraité, a tourné en dérision l’idée que Wershe avait des remords, le qualifiant de « très manipulateur ». « Je ne connais pas Richard Wershe », a déclaré Richardson au conseil d’administration. « Je n’ai jamais été impliqué dans aucun de ses cas. »

William Rice, un vétéran et ancien inspecteur en chef des homicides, a parlé des temps sombres de l’ère de Wershe et a mentionné les noms des gangs de drogue qui contrôlaient alors les rues de Detroit, liant implicitement Wershe à eux. Comme Richardson, Rice n’a pas fait grand-chose pour expliquer pourquoi il était présent à l’audience. Le nom de Wershe n’avait jamais traversé son bureau.

Le vent de l’audience avait indéniablement tourné. Il n’y avait maintenant presque plus de discussion sur le crime pour lequel Wershe était en prison : une accusation de possession de drogue.

Plusieurs témoins des forces de l’ordre ont affirmé que Wershe était responsable de la distribution de centaines de kilos de cocaïne par mois, qu’il aurait dirigé une tentative d’assassinat, etc.

À ce jour, vous avez des enfants qui ne sont même pas encore nés, mais ils peuvent vous parler de White Boy Rick, Maserati Rick… les meilleurs amis, et c’est ce que cette époque a fait à notre communauté.

Gregory Anderson, un agent de la DEA, s’adressant à la commission des libérations conditionnelles

Finalement, la commission a décidé de ne pas recommander la libération conditionnelle, expliquant son raisonnement, le conseil a cité le « témoignage défavorable convaincant » de « nombreux agents des forces de l’ordre ».

Au cours des 11 années qui se sont ensuite écoulées, leur position n’a pas changé.

Le destin va encore frapper

Quelques années après l’audience de conditionnelle, un beau jour de printemps, Wershe voit débarquer un nouveau détenu. Il s’agissait de William Rice, l’ancien chef des homicides qui avait témoigné contre lui lors de son audience de 2003.

Les révélations d’un complot contre Wershe

Rice avait plaidé coupable de parjure après que les enregistrements de son téléphone portable aient indiqué qu’il avait donné un faux alibi sous serment pour l’accusé dans une affaire de quadruple meurtre. Il avait également plaidé coupable en décembre pour avoir dirigé une entreprise criminelle impliquant des fraudes hypothécaires et du trafic de drogue.

Lorsque Wershe lui demanda pourquoi il avait témoigné contre lui, Rice lui dit simplement qu’il avait suivi les ordres.

Undercover, l'histoire vraie de White Boy Rick
William Rice

Depuis, Rice a déclaré sous serment à l’avocat de Wershe que lui et les autres ont été recrutés pour témoigner contre Rick. Les ordres seraient venus d’officiers supérieurs.

Mike Castro, l’agent d’infiltration de l’opération Backbone, pense que Rick Wershe est toujours en prison parce qu’il a participé à faire tomber des flics. D’après lui, lorsque Wershe a travaillé avec lui et Groman sur l’enquête, « ça a piqué » la police de Detroit et leurs alliés au pouvoir.

Cela les a embarrassés et cela a montré ce qu’ils étaient vraiment

Mike Castro à propos des flics corrompus dans l’affaire Backbone

Pour lui, le dossier Rick Wershe est marqué au fer rouge pour la police de Detroit.

Wershe impliqué dans un trafic de voitures volées

Peu de temps après son audience de libération conditionnelle, Wershe s’est retrouvé impliqué de manière périphérique dans un réseau de voitures volées.

Travaillant avec sa sœur par téléphone, il a négocié la vente de véhicules, certains apparemment légitimes, d’autres volés. Il n’a pas joué un rôle important dans cette affaire, mais à cause de sa renommée, cette histoire a fait la une des journaux.

Wershe affirme avoir dû plaider coupable à cause des procureurs qui menaçaient de faire emprisonner sa mère et sa sœur, alors qu’il avait arrêté de participer à ce trafic dès qu’il avait su qu’il y avait des voitures volées.

Il a alors été retiré de la détention préventive fédérale à titre de sanction et envoyé à la prison d’État où il réside actuellement. Cet incident a aliéné certaines personnes qui l’avaient autrefois soutenu. Lynn Helland du bureau du procureur américain, par exemple, ne soutient plus sa libération.

D’après Robert Aguirre, qui a siégé à la commission de 2009 à 2011, l’épisode du vol de voiture n’est pas au cœur de l’opposition continue de la commission, ça n’a jamais été utilisé comme motif de refus. Pour lui, Rick Wershe Junior souffre de sa renommée.

D’après lui, « d’autres collègues du conseil d’administration se souviennent tous de Rick Wershe sous le nom de White Boy Rick. Il a cette étiquette. C’est une théorie qui suggère une étrange inversion de l’effet typique de la race : la célébrité de Wershe était fonction de sa nouveauté en tant qu’adolescent blanc qui avait en quelque sorte sauté la frontière raciale de Detroit et s’était glissé dans les rangs des barons de la drogue qui étaient majoritairement noirs. Et cette célébrité même lui a valu une peine plus longue derrière les barreaux que presque tous les autres ont finalement effectué ».

Cette opinion est aussi partagée par B.J. Chambers qui a offert son point de vue sur le cas de Wershe à Evan Hughes : « Je pense que Rick est pris dans le racisme à l’envers. Wershe était le seul garçon blanc qui ait jamais vendu de la drogue dans le quartier à cette époque ».

I think – just my opinion – I think Rick is caught up in reverse racism. Wershe was the only white boy that ever sold dope in the neighborhood at that time

BJ Chambers, à propos de White Boy Rick

Steve Fishman, l’avocat de la défense des caïds de Detroit des années 80, a déclaré : « Si White Boy Rick avait été autre chose que blanc, personne n’aurait jamais entendu parler de lui. »

La condamnation de mineurs délinquants à la perpétuité sans libération conditionnelle pour des crimes autres que des homicides est déclarée inconstitutionnelle

La condamnation de mineurs délinquants à la perpétuité sans libération conditionnelle pour des crimes autres que des homicides a été jugée inconstitutionnelle par la Cour suprême des États-Unis en 2010, date à laquelle de telles peines étaient déjà extrêmement rares.

Le tribunal n’a pu localiser que 129 détenus qui purgeaient cette peine dans tout le pays. Le Michigan a finalement reconnu les échecs de la loi 650 Lifer. Le gouverneur qui l’a signée, William G. Milliken, l’a qualifiée de plus grande erreur de sa carrière, et l’a annulée en 1998.

Ceux qui purgeaient déjà une peine sont devenus éligibles à la libération conditionnelle et ont commencé être libérés. Wershe est la seule personne condamnée en vertu de l’ancienne loi qui est toujours en prison pour un crime commis alors qu’il était mineur.

Les chefs de gang et les hommes de main éminents et violents de l’époque de Wershe à Detroit ont depuis longtemps été libérés. Et pourtant, Wershe est resté incarcéré pendant plus de 26 ans.

Que devient Rick Wershe Jr. aujourd’hui ?

White Boy Rick a finalement été libéré en juillet 2020. Il aura passé presque 33 ans en prison.

Incarcéré à l’âge depuis qu’il a 17 ans, Rick n’a pas eu le temps de voir le monde évoluer. Il est allé en prison à l’époque des k7 audio, des CD et des cassettes vidéo, et il en ressort à l’époque du streaming, du bitcoin et des NFT.

Il n’a pas non plus pu voir ses 2 filles et son fils grandir. Il est entré de prison étant ado, il en ressort en étant grand-père de 6 petits-enfants.

Aujourd’hui, il est fiancé à Michelle MacDonald, une fille qu’il fréquentait au collège.

Undercover, l'histoire vraie de White Boy Rick
Richard Wershe Jr.

Rick Junior ne veut plus qu’on l’assimile à White Boy Rick, il aimerait plutôt que les gens se concentrent sur ce qu’il fait depuis qu’il est sorti de prison. Comme à son association avec Team Wellness pour aider d’anciens détenus de l’Est de Detroit, et à son statut d’avocat de la réforme des prisons.

À côté de ça, sa vie continue d’être racontée au travers de livres, de documentaires et de films, comme le film policier White Boy Rick (Undercover : Une histoire vraie, en français) avec Matthew McConaughey, qui date de 2018 et qui passe en ce moment sur Netflix.

Enfin, en 2021, durant une conférence de presse, l’avocat de Wershe Jr. a déclaré qu’il était temps au FBI d’assumer ses responsabilités dans cette affaire. Il réclame 100 millions de $ de dommages et intérêts.

[le FBI] « a utilisé [Rick Jr.] en tant qu’informateur confidentiel et placé parmi des gangsters, des tueurs, des trafiquants de drogue… Ils l’ont plongé dans le monde du trafic de drogue, avant de se retourner contre lui pour couvrir la nature illégale et gênante de leur conduite. […] Il est temps de tenir les forces de l’ordre responsables pour ce qui est arrivé à Wershe

Nabih Ayad, avocat de Richard Wershe Junior
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