Le 4 août 1892, Andrew et Abby Borden sont retrouvés morts dans leur maison de Fall River, dans le Massachusetts. Quelques jours plus tard, leur fille Lizzie devient la principale suspecte.
Arrêtée le 11 août 1892, elle doit finalement répondre de deux accusations de meurtre devant un tribunal du Massachusetts.
Son procès s’ouvre le 5 juin 1893 à New Bedford. Pendant près de deux semaines, les jurés entendent les témoignages, examinent les éléments présentés par l’accusation et la défense et découvrent une affaire déjà devenue extrêmement médiatique.
Puis, le 20 juin 1893, le verdict tombe : Lizzie Borden est déclarée non coupable des meurtres de son père et de sa belle-mère.
Pourquoi le jury l’a-t-il acquittée alors que les soupçons pesaient lourdement sur elle ?
La réponse tient à une distinction fondamentale : le procès ne consistait pas à déterminer si Lizzie était simplement suspecte, mais à établir sa culpabilité au-delà du doute raisonnable.
Le procès de Lizzie Borden en quelques dates
Avant de revenir sur les arguments des deux camps, voici les principales étapes de l’affaire judiciaire :
| Date | Événement |
|---|---|
| 4 août 1892 | Andrew et Abby Borden sont assassinés à Fall River |
| 11 août 1892 | Lizzie Borden est arrêtée |
| 5 juin 1893 | Ouverture de son procès à New Bedford |
| Juin 1893 | Témoignages et présentation des éléments de l’affaire |
| 20 juin 1893 | Lizzie Borden est acquittée |
La Library of Congress conserve de nombreux articles de presse contemporains consacrés à son arrestation, à son procès et au verdict. Library of Congress – Arrest and Trial of Lizzie Borden
Pourquoi Lizzie Borden est-elle accusée ?
Les enquêteurs disposent de plusieurs éléments qui attirent leur attention sur Lizzie.
Elle se trouve dans la maison le matin du 4 août.
Son père et sa belle-mère sont tués alors qu’elle se trouve à proximité.
Ses déclarations sur certains événements de la matinée sont examinées avec attention.
La relation entre Lizzie et ses parents fait également partie du contexte étudié par les enquêteurs et la presse.
D’autres éléments deviennent ensuite importants, notamment la question d’un achat d’acide prussique et celle d’une robe que Lizzie aurait fait brûler après les meurtres.
Mais aucun de ces éléments ne constitue une preuve directe montrant Lizzie en train de tuer Andrew ou Abby.
C’est précisément là que se trouve l’une des principales difficultés du dossier.
Il n’existe pas de témoin ayant vu Lizzie tuer ses parents
L’accusation doit construire son dossier à partir d’éléments indirects.
Personne ne vient témoigner avoir vu Lizzie frapper Andrew.
Personne ne vient non plus déclarer avoir vu Lizzie tuer Abby.
Il n’existe pas de confession.
L’arme du crime n’est pas retrouvée avec une preuve permettant d’établir sans ambiguïté qu’elle a été utilisée par Lizzie.
Et il n’existe pas, dans le dossier présenté au jury, de preuve matérielle moderne permettant de relier scientifiquement Lizzie aux deux meurtres.
Cela ne signifie pas que les enquêteurs n’avaient aucun élément contre elle.
Cela signifie que leur dossier repose largement sur un ensemble de circonstances et de témoignages, plutôt que sur une preuve directe unique.
L’accusation : Lizzie avait-elle un mobile ?
La question du mobile occupe une place importante dans l’affaire.
Les relations au sein de la famille Borden sont examinées, notamment les tensions liées à l’argent et aux biens familiaux.
Andrew Borden est un homme fortuné, mais réputé particulièrement économe. Les relations entre Andrew et ses filles sont loin d’être présentées comme parfaitement harmonieuses.
Lizzie et Emma avaient notamment quitté la maison familiale quelque temps avant les meurtres, avant d’y revenir.
La question de l’héritage et des intérêts financiers de Lizzie est donc susceptible de fournir à l’accusation une explication possible.
Mais un mobile potentiel n’est pas une preuve de meurtre.
Même si une personne avait eu une raison de vouloir la mort d’une autre, cela ne suffit pas à démontrer qu’elle est passée à l’acte.
Le rôle de la question de l’acide prussique
Un autre élément intrigue les enquêteurs : Lizzie avait cherché à se procurer de l’acide prussique avant les meurtres.
Ce produit, extrêmement toxique, pouvait naturellement éveiller les soupçons.
Netflix confirme que cet épisode s’inspire d’un élément réel de l’enquête.
Mais la série Monstre : L’histoire de Lizzie Borden transforme cet épisode pour en faire une tentative d’empoisonnement beaucoup plus spectaculaire. Dans la réalité, rien ne permet d’affirmer que Lizzie a tenté d’empoisonner ses parents avec ce produit. Netflix Tudum – L’histoire vraie derrière Monstre
Là encore, le problème de l’accusation est le même : un comportement suspect ne constitue pas nécessairement la preuve du crime poursuivi.
La mystérieuse robe que Lizzie aurait brûlée
L’un des épisodes les plus célèbres du procès concerne une robe.
Quelques jours après les meurtres, Lizzie aurait brûlé une robe qu’elle portait avant ou autour de la période des crimes.
L’accusation considère cet acte comme suspect et cherche à lui donner une signification dans le contexte des meurtres.
La presse de l’époque s’en empare.
La Library of Congress conserve notamment un article intitulé « Burning That Dress », publié pendant le procès en juin 1893. Library of Congress – Articles historiques sur Lizzie Borden
Mais là encore, brûler un vêtement ne démontre pas en soi que Lizzie est l’auteur des meurtres.
Le jury doit apprécier cet élément au milieu de l’ensemble du dossier.
La question du sang
L’accusation doit également faire face à un problème particulièrement gênant : l’absence de traces de sang évidentes sur Lizzie.
Les meurtres ont été extrêmement violents.
Pourtant, les témoignages ne permettent pas de présenter au jury une démonstration simple du type : « voici le sang des victimes sur les vêtements de l’accusée ».
Cette absence ne prouve évidemment pas son innocence.
Mais elle affaiblit la possibilité de construire une démonstration matérielle directe de sa culpabilité.
Le dossier reste donc largement circonstanciel.
Le rôle de Bridget Sullivan dans le procès
Bridget Sullivan est l’un des témoins particulièrement intéressants de l’affaire.
Elle travaillait comme domestique chez les Borden et se trouvait dans la maison le matin du 4 août.
Son témoignage permet de préciser ce qu’elle avait vu et entendu au cours de cette matinée.
Mais elle ne déclare pas avoir vu Lizzie assassiner son père ou sa belle-mère.
Elle ne fournit donc pas à l’accusation le témoignage direct qui aurait pu bouleverser le dossier.
Au contraire, certains aspects de son témoignage permettent à la défense de contester la représentation d’une famille constamment déchirée par les conflits.
Lizzie prend-elle la parole à son procès ?
Non.
Lizzie Borden ne témoigne pas elle-même devant le jury.
À l’époque, la loi du Massachusetts empêchait une personne accusée d’un crime de témoigner en sa propre faveur.
Cette absence est souvent oubliée lorsqu’on raconte l’affaire aujourd’hui.
Le jury entend donc les autres témoins, mais ne peut pas interroger Lizzie directement sur ce qu’elle faisait le matin des meurtres.
Son silence judiciaire devient naturellement un élément de la narration médiatique autour du procès, mais il ne constitue pas une preuve de culpabilité.
La défense de Lizzie Borden
La défense s’emploie à démontrer que les preuves contre Lizzie sont insuffisantes.
Son avocat, Andrew Jackson Jennings, insiste notamment sur les faiblesses du dossier de l’accusation.
L’objectif n’est pas nécessairement de démontrer qui a réellement tué Andrew et Abby.
Il suffit à la défense de montrer que l’accusation n’a pas réussi à établir la culpabilité de Lizzie avec le niveau de certitude exigé par la justice.
C’est une distinction fondamentale pour comprendre le verdict.
Le fameux argument de l’arme du crime
L’arme présumée est un autre point important du procès.
Les enquêteurs trouvent notamment des haches et des objets ressemblant à des armes dans la maison.
Mais aucun objet ne permet de relier de façon incontestable Lizzie aux deux meurtres.
L’accusation doit donc demander au jury de relier plusieurs éléments entre eux.
La défense, elle, peut répondre à chacun de ces éléments en soulignant les incertitudes qui subsistent.
Une affaire sans explication alternative évidente
L’une des difficultés du procès est paradoxale.
Même si le dossier contre Lizzie présente des faiblesses, les meurtres semblent difficiles à expliquer autrement.
Andrew et Abby ont été tués chez eux.
Lizzie est présente.
Bridget est présente.
Emma est absente.
Et aucune autre personne n’est clairement identifiée comme le meurtrier.
Cela explique en partie pourquoi les soupçons envers Lizzie sont devenus si puissants.
Mais devant un jury, « qui d’autre aurait pu le faire ? » n’est pas équivalent à « nous avons prouvé que Lizzie l’a fait ».
Cette différence est au cœur du verdict.
Pourquoi le jury acquitte-t-il Lizzie ?
Il n’existe pas de compte rendu détaillé permettant de savoir exactement ce que chaque juré a pensé pendant les délibérations.
Le jury rend toutefois un verdict clair : Lizzie Borden est acquittée des deux accusations.
Le 20 juin 1893, après seulement quelques heures de délibération, elle est déclarée non coupable.
La Library of Congress confirme cette date et conserve les archives de presse consacrées au verdict. Library of Congress – Arrest and Trial of Lizzie Borden
La meilleure explication historique n’est donc pas que le jury aurait nécessairement conclu : « Lizzie est innocente. »
Il a plutôt conclu que l’accusation n’avait pas établi sa culpabilité de manière suffisante pour la condamner.
Acquittée signifie-t-il que Lizzie était innocente ?
C’est probablement la nuance la plus importante de toute l’affaire.
Juridiquement, Lizzie est acquittée.
Cela signifie qu’elle ne peut pas être condamnée pour les meurtres d’Andrew et d’Abby Borden.
Mais l’acquittement ne permet pas aux historiens, plus d’un siècle plus tard, de transformer le verdict en preuve absolue de son innocence.
À l’inverse, les soupçons historiques ne permettent pas non plus d’affirmer qu’elle était coupable.
Il faut donc distinguer trois niveaux :
Ce qui est établi : Lizzie a été accusée, jugée puis acquittée.
Ce qui est documenté : plusieurs éléments ont nourri les soupçons contre elle.
Ce qui reste inconnu : qui a réellement tué Andrew et Abby Borden.
Cette distinction permet de comprendre pourquoi l’affaire continue de faire débat.
Pourquoi Lizzie Borden n’a-t-elle jamais été rejugée ?
Parce qu’elle a été acquittée.
Dans le système judiciaire américain, un acquittement pour meurtre ne peut pas simplement être annulé parce que de nouveaux soupçons apparaissent plus tard.
Lizzie quitte donc le tribunal libre.
Elle ne sera jamais condamnée pour la mort de son père et de sa belle-mère.
Elle passera le reste de sa vie sous le poids des soupçons et de la célébrité attachés à son nom.
Que devient Lizzie après son acquittement ?
Après le procès, Lizzie et sa sœur Emma restent à Fall River pendant plusieurs années.
Elles quittent ensuite leur ancienne maison familiale et s’installent dans une propriété plus confortable du quartier de The Hill, qu’elles baptisent Maplecroft.
Lizzie mène ensuite une vie relativement aisée.
Mais son nom reste associé aux meurtres.
La presse continue à s’intéresser à elle et des rumeurs circulent régulièrement à son sujet.
Sa relation avec sa sœur Emma se détériore également au fil des années.
Lizzie Borden meurt en 1927.
Elle n’a jamais reconnu avoir tué son père ou sa belle-mère.
Le procès de Lizzie Borden dans la série Netflix
Monstre : L’histoire de Lizzie Borden reprend le procès comme l’un des moments centraux de son récit, mais il ne faut pas considérer la série comme une transcription des audiences de 1893.
Netflix assume une approche très fictionnalisée.
Certains événements sont déplacés, certains personnages sont utilisés différemment et plusieurs relations sont développées à partir de zones d’ombre historiques.
C’est notamment le cas de Bridget Sullivan et de Nance O’Neil.
La véritable Nance O’Neil ne rencontre Lizzie qu’en 1904, soit plus d’une décennie après son acquittement. Son implication dans le procès telle qu’elle est racontée dans la série est donc une construction narrative. Netflix Tudum – L’histoire vraie derrière Monstre
La série propose donc une interprétation de Lizzie et de son procès, pas une reconstitution judiciaire exhaustive.
Pourquoi l’acquittement de Lizzie continue-t-il de fasciner ?
Parce que le verdict n’a pas réellement mis fin au mystère.
Dans beaucoup d’affaires criminelles, un procès produit une réponse judiciaire qui devient ensuite la conclusion de l’histoire.
Ici, c’est presque l’inverse.
Le procès se termine par un acquittement, mais aucune autre personne n’est condamnée pour les meurtres.
Le résultat laisse donc une question ouverte :
si Lizzie n’est pas condamnée, qui a tué Andrew et Abby Borden ?
Cette question explique en grande partie la longévité du mystère.
Elle a également permis à chaque génération de proposer sa propre interprétation de l’affaire.
Ce que le procès permet réellement d’affirmer
Le procès de Lizzie Borden ne permet pas de répondre définitivement à la question de sa culpabilité historique.
Il permet en revanche d’établir plusieurs faits :
- Lizzie a été accusée des meurtres de son père et de sa belle-mère.
- Elle a été jugée en 1893.
- L’accusation reposait largement sur des éléments circonstanciels.
- Aucun témoin n’a déclaré l’avoir vue commettre les meurtres.
- Elle n’a pas témoigné elle-même.
- Le jury l’a déclarée non coupable le 20 juin 1893.
- Elle n’a jamais été condamnée pour ces deux meurtres.
Le reste relève de l’interprétation historique ou de la spéculation.
Le procès a-t-il prouvé que Lizzie était innocente ?
Non plus.
Le verdict est une décision judiciaire, pas une reconstitution historique parfaite des événements.
Le jury a décidé que les éléments présentés ne justifiaient pas une condamnation.
Cela ne signifie pas que les jurés connaissaient nécessairement la réponse à la question « qui a tué les Borden ? ».
Ils avaient à répondre à une question beaucoup plus précise :
l’accusation avait-elle suffisamment démontré que Lizzie était coupable ?
Leur réponse a été non.
Et cette réponse demeure le résultat judiciaire définitif de l’affaire.
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FAQ – Le procès de Lizzie Borden
Quand a eu lieu le procès de Lizzie Borden ?
Le procès s’est ouvert le 5 juin 1893 à New Bedford, dans le Massachusetts. Le verdict a été rendu le 20 juin 1893.
Pourquoi Lizzie Borden a-t-elle été acquittée ?
L’accusation ne disposait pas d’une preuve directe établissant que Lizzie avait tué son père et sa belle-mère. Le dossier reposait principalement sur des éléments circonstanciels et des témoignages qui ne suffisaient pas à convaincre le jury de sa culpabilité.
Lizzie Borden a-t-elle témoigné à son procès ?
Non. Elle n’a pas témoigné devant le jury.
Y avait-il des preuves contre Lizzie Borden ?
Oui. Plusieurs éléments ont nourri les soupçons, notamment sa présence dans la maison, certaines de ses déclarations, la question de l’achat d’acide prussique et l’épisode de la robe brûlée. Mais aucun de ces éléments ne constituait à lui seul une preuve directe de meurtre.
Lizzie Borden a-t-elle été déclarée innocente ?
Elle a été déclarée non coupable. Juridiquement, elle a donc été acquittée. Cette nuance est différente d’une conclusion historique affirmant qu’elle n’a absolument rien à voir avec les meurtres.
Combien de temps le jury a-t-il délibéré ?
Les jurés ont rendu leur verdict après seulement quelques heures de délibération.
Lizzie Borden a-t-elle été condamnée pour les meurtres ?
Non. Elle a été acquittée des deux accusations et n’a jamais été condamnée pour la mort d’Andrew et d’Abby Borden.
Qui a tué Andrew et Abby Borden ?
L’identité de leur meurtrier n’a jamais été établie de manière définitive. Lizzie Borden reste la principale figure historique associée à l’affaire, mais elle a été acquittée en 1893.
Sources principales
- Library of Congress – Arrest and Trial of Lizzie Borden
- Library of Congress – articles historiques sélectionnés
- Fall River Historical Society – Lizzie Borden Collections
- Netflix Tudum – l’histoire vraie derrière Monstre : L’histoire de Lizzie Borden
Conclusion
Le procès de Lizzie Borden n’a pas apporté la réponse définitive au mystère des meurtres de Fall River.
Il a établi quelque chose de beaucoup plus précis : l’accusation n’a pas réussi à convaincre le jury que Lizzie Borden était coupable au niveau requis pour une condamnation.
Le 20 juin 1893, elle est donc acquittée.
Depuis, deux affirmations continuent de s’affronter : celle d’une Lizzie coupable mais passée entre les mailles du filet, et celle d’une femme injustement accusée dans une affaire où les preuves étaient insuffisantes.
Les archives permettent de comprendre pourquoi chacune de ces interprétations a pu naître. Elles ne permettent pas, en revanche, de transformer l’une d’elles en certitude.
C’est peut-être finalement cela qui distingue le plus l’affaire historique de la série Netflix : dans la fiction, les zones d’ombre peuvent recevoir une réponse. Dans la réalité, le verdict de 1893 a laissé une question sans véritable conclusion.