Aileen Wuornos n’est pas née tueuse en série. Avant les six condamnations pour meurtre qui allaient faire d’elle l’une des criminelles américaines les plus connues, elle a connu une enfance marquée par l’abandon, l’instabilité et des violences qu’elle a elle-même décrites comme particulièrement graves.
Née dans le Michigan en 1956, Aileen Carol Pittman — son nom de naissance — grandit sans son père et est abandonnée par sa mère alors qu’elle est encore une enfant. Elle est ensuite élevée par ses grands-parents avec son frère Keith.
Des années plus tard, son passé familial sera largement évoqué dans les documentaires et les récits consacrés à son affaire. Mais ces éléments ne permettent pas, à eux seuls, d’expliquer les crimes qu’elle commettra à la fin des années 1980.
Le documentaire Netflix Aileen : La demoiselle de la mort, consacré à son parcours, revient justement sur cette enfance avant de suivre son passage à la vie adulte et, finalement, au couloir de la mort.
Aileen Wuornos : une enfance sans ses parents
Aileen Carol Pittman naît le 29 février 1956 à Rochester, dans le Michigan.
Sa mère, Diane, est très jeune lorsqu’elle donne naissance à ses enfants. Son père, Leo Pittman, n’a jamais fait partie de la vie d’Aileen : elle ne l’a jamais rencontré.
La situation familiale se dégrade rapidement. Lorsque Aileen a environ quatre ans, sa mère quitte le foyer et laisse ses deux enfants, Aileen et son frère Keith, à leurs grands-parents maternels.
Les enfants seront ensuite élevés par ces derniers et prendront leur nom de famille, Wuornos.
Le père d’Aileen connaîtra lui-même un parcours criminel particulièrement lourd. Il sera condamné à la prison à perpétuité après avoir été reconnu coupable du viol d’une enfant et mourra en prison en 1969.
Aileen grandit donc sans père, après avoir été abandonnée par sa mère.
Le documentaire Netflix réalisé par Emily Turner présente cet abandon comme l’un des premiers éléments d’une trajectoire familiale extrêmement instable. Netflix résume d’ailleurs le parcours de Wuornos comme celui d’une femme passée d’une enfance marquée par les violences au couloir de la mort.
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Que s’est-il passé chez ses grands-parents ?
C’est l’une des parties les plus difficiles à établir avec certitude dans la biographie d’Aileen Wuornos.
Wuornos a affirmé avoir subi des violences physiques et sexuelles pendant son enfance, notamment de la part de son grand-père. Ces accusations sont reprises dans plusieurs récits consacrés à son parcours, mais il faut les présenter comme des déclarations rapportées plutôt que comme des faits judiciairement établis dans tous leurs détails.
Le documentaire Netflix Aileen : La demoiselle de la mort revient lui aussi sur ces violences alléguées.
Une amie d’enfance a par ailleurs raconté avoir été témoin de violences physiques infligées à Aileen.
Ce contexte familial est aujourd’hui régulièrement évoqué lorsqu’on raconte l’histoire de Wuornos. Il ne faut toutefois pas transformer cette partie de son histoire en explication automatique de ses crimes.
Des milliers d’enfants victimes de violences ne deviennent jamais criminels.
Le parcours d’Aileen permet surtout de comprendre à quel point son adolescence a été marquée par la précarité et l’absence de cadre stable.
À 14 ans, Aileen Wuornos tombe enceinte
L’un des événements les plus bouleversants de son adolescence survient lorsqu’Aileen tombe enceinte.
Selon le récit qu’elle donnera plus tard, elle avait été violée par un homme plus âgé. Elle donne naissance à un garçon en 1971, alors qu’elle est encore adolescente.
Le bébé est placé en adoption.
À cette époque, Aileen vit déjà dans une situation familiale extrêmement fragile. Elle abandonne rapidement l’école et, après la mort de sa grand-mère, sa situation devient encore plus précaire.
Netflix rapporte qu’elle finit par être chassée du domicile familial et qu’elle se retrouve à vivre dans les bois avant de commencer à se débrouiller seule.
Cette période marque une rupture : Aileen n’est plus véritablement une adolescente protégée par une famille. Elle entre très jeune dans une existence faite d’errance, de pauvreté et de débrouille.
Une adolescente livrée à elle-même
Après avoir quitté le domicile familial, Aileen vit en partie dans la rue.
Elle commence à commettre de petits délits et se prostitue pour survivre. Elle fait également de l’auto-stop.
Son adolescence ne ressemble donc plus à celle d’une jeune fille vivant dans un cadre familial ordinaire : elle est rapidement confrontée à la violence, à la précarité et à des problèmes avec les autorités.
Le documentaire de Netflix souligne cette succession de ruptures dans son parcours : abandon maternel, violences rapportées, grossesse adolescente, placement de son enfant, décrochage scolaire puis vie dans la rue.
C’est également durant ces années qu’elle commence à accumuler des problèmes judiciaires.
Aileen Wuornos et ses premiers problèmes avec la justice
Bien avant les meurtres de 1989 et 1990, Wuornos est déjà connue des autorités pour différents délits.
Elle connaît notamment plusieurs arrestations pour des faits liés à la conduite, au vol, aux armes ou encore à des comportements perturbateurs.
En d’autres termes, les crimes pour lesquels elle deviendra célèbre ne constituent pas son premier contact avec la justice.
Son parcours adulte est déjà marqué par une grande instabilité. Elle change de lieux, vit de petits emplois ou de prostitution et se retrouve régulièrement confrontée aux forces de l’ordre.
Cette période est importante pour comprendre que l’histoire d’Aileen Wuornos ne commence pas avec Richard Mallory, son premier meurtre reconnu.
Elle commence bien des années plus tôt.
Son départ pour la Floride
Au cours de sa vingtaine, Aileen finit par rejoindre la Floride.
Elle y poursuit une existence marginale, faite d’errance, de petits délits et de prostitution.
C’est également en Floride qu’elle rencontre Tyria Moore, avec laquelle elle va vivre une relation qui occupera une place centrale dans les années précédant son arrestation.
Les deux femmes se rencontrent en 1986 dans un bar et finissent par vivre ensemble.
Aileen travaille alors notamment comme prostituée et fournit une partie des revenus du couple.
Cette relation deviendra particulièrement importante lorsque les enquêteurs commenceront à rechercher l’auteur des meurtres commis entre 1989 et 1990.
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De l’adolescente abandonnée à la femme accusée de plusieurs meurtres
Entre son enfance dans le Michigan et les meurtres commis en Floride, près de vingt ans se sont écoulés.
Il serait donc trompeur de résumer son histoire à une simple chaîne de causes et de conséquences.
Oui, Wuornos a raconté avoir subi des violences et des abandons importants pendant son enfance.
Oui, elle a connu très jeune la pauvreté, la prostitution et les démêlés avec la justice.
Mais cela ne permet pas d’établir que ces traumatismes seraient la cause de ses crimes.
La question devient encore plus complexe lorsque l’on examine les déclarations contradictoires qu’elle fera elle-même concernant les meurtres.
Wuornos affirmera notamment avoir tué certains hommes en état de légitime défense après avoir été agressée ou menacée. Les enquêteurs et les tribunaux examineront ces affirmations à la lumière des autres éléments du dossier.
C’est cette zone de tension entre son passé, ses propres déclarations et les preuves judiciaires qui rend son histoire particulièrement difficile à résumer.
Son enfance explique-t-elle les crimes d’Aileen Wuornos ?
Non, pas à elle seule.
C’est probablement la distinction la plus importante à conserver lorsqu’on revient sur l’enfance de Wuornos.
Son passé constitue un élément de contexte. Il permet de comprendre l’environnement dans lequel elle a grandi et les difficultés auxquelles elle a été confrontée très tôt.
Mais il ne constitue pas une preuve de causalité.
Le documentaire Netflix Aileen : La demoiselle de la mort adopte justement une approche qui cherche davantage à examiner la complexité de son parcours qu’à fournir une explication unique à ses crimes.
La réalisatrice Emily Turner explique vouloir dépasser l’opposition simpliste entre « victime » et « tueuse ».
Cette approche est particulièrement intéressante parce qu’elle évite deux écueils : transformer Wuornos en victime innocente de son passé ou, à l’inverse, effacer complètement ce passé au profit de l’image de la tueuse en série.
Que devient Aileen Wuornos après son adolescence ?
Après son départ du Michigan, Wuornos mène une existence très instable dans plusieurs États américains avant de s’installer durablement en Floride.
Elle connaît des relations sentimentales, des arrestations et des périodes de grande précarité.
En 1986, elle rencontre Tyria Moore. Les deux femmes restent ensemble plusieurs années.
Puis, à partir de 1989, la vie d’Aileen bascule définitivement.
Entre cette année-là et 1990, elle tue plusieurs hommes en Floride. Elle finira par reconnaître sept homicides, mais sera condamnée pour six meurtres, le corps de Peter Siems n’ayant jamais été retrouvé.
Son arrestation intervient en janvier 1991.
La suite est connue : procès, condamnations à mort, années passées dans le couloir de la mort et exécution par injection létale le 9 octobre 2002.
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Ce que l’on peut réellement retenir de l’enfance d’Aileen Wuornos
L’enfance d’Aileen Wuornos est donc loin du simple prologue d’une histoire criminelle.
Elle est marquée par plusieurs ruptures successives : l’absence de son père, l’abandon de sa mère, une enfance chez ses grands-parents, des violences qu’elle a déclaré avoir subies, une grossesse adolescente, l’adoption de son enfant puis la vie dans la rue.
Ces éléments sont aujourd’hui bien documentés dans les récits consacrés à Wuornos, notamment dans le documentaire Netflix.
Mais ils doivent être replacés dans leur contexte et présentés avec prudence : une enfance traumatique ne permet pas de prédire un parcours criminel.
Ce que l’on peut dire, en revanche, c’est qu’avant même les meurtres qui feront d’elle une figure majeure du true crime, Aileen Wuornos avait déjà vécu une succession d’événements particulièrement difficiles et évoluait depuis des années dans une grande précarité.
C’est cette trajectoire, et non un événement unique, qui précède les crimes de 1989 et 1990.